Le discours de ce 21 septembre du président russe marque un tournant. Tout le monde à bien vu le scénario envisagé. Les référendums bidons dans les quatre provinces ukrainiennes vont notifier leur annexion officielle à la Russie. Désormais, faisant partie du territoire russe, toute offensive ukrainienne sur ces territoires pourra être considérée comme une menace existentielle justifiant l’utilisation de l’arme atomique. Voilà pour la théorie. Reste à savoir si il osera la mettre en pratique. J’en doute. Car si la réponse est positive alors nous entrons dans l’inconnu. Difficile de savoir de qui pourrait se passer mais il est également difficile d’imaginer que Poutine puisse durablement se maintenir au pouvoir après avoir franchi une telle ligne rouge. Si la réponse est négative alors il doit pouvoir se reposer sur des moyens supplémentaires. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre l’appel à la mobilisation de 300.000 hommes. Vladimir Poutine, même si il ne l’admettra jamais, sait qu’il a échoué. Désormais, l’armée russe n’est plus à l’offensive mais sur la défensive. Ces 300.000 hommes doivent uniquement permettre à Vladimir Poutine de sanctuariser les quatre provinces ukrainiennes conquises. Cela afin de pouvoir dire à son opinion publique que ses objectifs sont atteints et proposer aux Ukrainiens un cessez-le-feu base de négociations futures. Bref, Vladimir Poutine cherche une porte de sortie dans une affaire bien mal engagée. La bonne nouvelle pour les Ukrainiens c’est que ce tournant marque la fin de la première partie du conflit. La mauvaise nouvelle est que la phase qui commence pourrait voir la pression sur Kiev considérablement augmenter pour obliger les Ukrainiens à accepter des négociations de paix qui ne lui seraient pas forcément favorables. Se plaçant désormais dans le rôle de celle qui se défend, la Russie, ironie de l’histoire, va chercher à apparaître comme une victime. Une victime qui prendra le monde à témoin en agitant la menace d’utiliser l’arme nucléaire pour se protéger des offensives ukrainiennes contre ce qu’elle considère désormais être son territoire. Dès lors le risque existe de voir des pressions internationales s’exercer sur l’Ukraine, dans le but officiel d’empêcher l’apocalypse, pour imposer dans un premier temps à Kiev un cessez-le-feu puis dans un second temps des négociations de paix. Contrairement à ce qu’affirment tous les experts dans les médias, le sommet de l’OCS à Samarcande n’a pas été un échec pour Vladimir Poutine. C’est là que sa nouvelle stratégie a été validée. Ce n’est pas un hasard si depuis l’annonce de Vladimir Poutine la Chine, la Turquie ou l’Inde appellent à un cessez-le-feu et à l’ouverture de négociations de paix. Pour les Européens l’heure de vérité approche. Vont-ils permettre à Vladimir Poutine de trouver une porte de sortie qui légitimera son agression en s’emparant de 20 % du territoire ukrainien où vont-ils poursuivre leur soutien aux Ukrainiens dans leur défense légitime de leur intégrité territoriale en dépit du chantage de la Russie et de ses alliés ?

Laurent Dayona