La décision est « historique ». Ce n’est pas moi qui le dit mais le président chypriote, Nicos Anastasiades, qui a salué la décision du secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, de lever les restrictions commerciales en matière de défense imposées à Chypre depuis des décennies. Le président chypriote a ajouté que cette décision « reflète la relation stratégique en plein essor entre les deux pays, y compris dans le domaine de la sécurité ». La levée de cet embargo sur les armes a pour contrepartie le maintien des « mesures nécessaires pour refuser aux navires militaires russes l’accès aux ports chypriotes pour le ravitaillement et l’entretien ». Mais contrairement aux apparences ce n’est pas la Russie qui est visée par la fin de l’embargo sur les armes. C’est bel et bien la Turquie. Tout comme la France, les États-Unis ne supportent plus les prétentions infondées du président turc sur les gisements de gaz au large de Chypre ainsi que ses menaces et son obstruction vis-à-vis des compagnies pétrolières occidentales pour l’exploitation de ces ressources (1). Tout comme Emmanuel Macron, Joe Biden s’inquiète également des menaces de plus en plus récurrentes du président turc d’envahir des îles grecques (2) ainsi que de son rapprochement diplomatique et économique de plus en plus étroit avec… la Chine. En prenant cette décision inattendue, Washington lance un sérieux avertissement à Ankara. La Turquie n’est pas dupe et a parfaitement compris que ce n’était pas la Russie mais bien elle qui était visée par cette mesure. Le ministère turc des Affaires étrangères a « fermement condamné » la décision américaine en déclarant que « Cette décision affectera de manière négative les efforts pour la résolution de la question chypriote et provoquera une course à l’armement sur l’île ». De son côté le président autoproclamé de la République fantoche turque de Chypre Nord (uniquement reconnue par la Turquie), Ersin Tatar, a affirmé « qu’avec la levée de l’embargo, les Chypriotes-grecs vont se procurer des armes d’attaque. Cela dépasse le cadre de la défense et va faire monter les tensions ». Il y a en effet une montée des tensions en Méditerranée orientale mais elle est uniquement de la responsabilité de la Turquie qui poursuit son occupation illégale du nord de Chypre, soutien l’agression de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, viole quotidiennement l’espace maritime et aérien de la Grèce, revendique des ressources gazières appartenant à la République de Chypre, empêche physiquement par la présence de ses navires de guerre des compagnies occidentales d’exploiter ces ressources et qui ne cesse de menacer d’envahir des îles grecques. La décision des États-Unis prouve que la Maison Blanche s’inquiète de cette montée aux extrêmes voulue par la Turquie. Il serait temps que les Européens prennent la mesure de la menace et agissent en conséquence. Pour l’instant, seule la France, liée à la Grèce par une alliance de défense depuis septembre 2021, semble avoir conscience du danger (3). Elle a récemment condamné, par la bouche de son président, les « provocations et propos inacceptables remettant en cause la souveraineté de la Grèce. Nous ne laisserons s’installer aucun désordre, en particulier en Méditerranée orientale ». Comme jadis face au danger perse qui vit les cités grecques s’unirent, les nations européens doivent s’allier devant la menace turque.

Laurent Dayona

P.S. Le même jour la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, est arrivée en Arménie, alors que le pays a du faire face durant plusieurs jours à une offensive de l’Azerbaïdjan sur son territoire. C’est tout sauf un hasard…

(1) https://europarabellum.com/2022/08/31/comment-leurope-se-prive-du-gaz-chypriote-en-cedant-au-chantage-turc/

(2) https://europarabellum.com/2022/09/16/en-laissant-tomber-larmenie-leurope-encourage-un-conflit-en-mediterranee-orientale/

(3) https://europarabellum.com/2022/06/10/la-france-doit-se-preparer-a-une-potentielle-confrontation-militaire-avec-la-turquie/