Il y a quelques semaines j’écrivais un article sur l’importance d’une droite nationale qui ne soit pas eurosceptique (1). J’aurais du ajouter « et qui ne soit pas soumise à Vladimir Poutine ». Jusqu’à ce week-end tous les sondages indiquaient que la droite italienne devait sortir largement victorieuse des élections législatives à la fin du mois. Rien ne semblait devoir entraver la marche triomphale de Giorgia Meloni vers le poste de Premier ministre en dépit des campagnes médiatiques contre elle. C’est le moment qu’a choisi son allié, Matteo Salvini, pour lâcher une bombe qui fragilise la coalition de droite. Il a violemment critiqué la politique des sanctions européennes contre la Russie : « Les sanctions fonctionnent-elles ? Non. À ce jour, ceux qui ont été sanctionnés sont gagnants, tandis que ceux qui ont mis en place les sanctions sont à genoux. De toute évidence, quelqu’un en Europe fait un mauvais calcul : il est essentiel de repenser la stratégie pour sauver les emplois et les entreprises en Italie ». Le chef du principal parti rival, Enrico Letta, dirigeant du Parti démocrate, a immédiatement compris le profit qu’il pouvait tirer de cette sortie par une formule assassine : «Je crois que Poutine n’aurait pas dit mieux». Outre que les propos de Salvini sur l’inefficacité des sanctions contre la Russie sont factuellement faux, le chef de la Ligue semble avoir choisi son moment pour fragiliser le leadership et la crédibilité de Giorgia Meloni. En effet, au même moment elle s’employait à rassurer les patrons sur sa politique économique et internationale lors du Davos italien à Cernobbio. Cette polémique ne pouvait plus mal tomber obligeant la responsable de Fratelli d’Italia à répondre sèchement à Salvini : « Si l’Italie lâche ses alliés, pour l’Ukraine rien ne change, pour nous beaucoup. Une nation sérieuse qui veut défendre ses intérêts doit avoir une posture crédible». Tout cela fait désordre. La polémique fait la Une de tous les médias. À ce stade il faut se poser la question traditionnelle. À qui profite le crime ? La chute du gouvernement de Mario Draghi durant l’été, dont les principaux investigateurs furent Matteo Salvini, Silvio Berlusconi et le Mouvement 5 étoiles, a été perçu à Moscou comme une opportunité stratégique. Celle de voir l’Italie prendre ses distance avec la politique européenne des sanctions contre la Russie. En effet, Matteo Salvini et Silvio Berlusconi n’ont jamais caché leur admiration pour Vladimir Poutine et leur biais pro-russe ni leur hostilité contre les sanctions infligées à la Russie. Or tous les sondages étaient déjà unanimes. La victoire ne pouvait échapper à la coalition de droite. Seul bémol pour la stratégie du Kremlin, mais de taille, Georgia Meloni devançait ses deux partenaires de coalition. Le poste de Premier ministre lui reviendrait naturellement en cas de victoire. Or celle-ci a pris des positions claires en faveur du soutien à l’Ukraine, des sanctions et de l’envoi d’armes à Kiev. Sans oublier son attachement à l’appartenance de l’Italie à l’OTAN. Pas vraiment de quoi réjouir Vladimir Poutine. L’offensive de Salvini, largement devancé dans les sondages, aurait pour but de savonner la planche de Giorgia Meloni afin de l’affaiblir suffisamment. Dans quel but ? Après les élections Matteo Salvini et Silvio Berlusconi envisageraient de fusionner leurs deux groupes afin d’avoir davantage de députés que Fratelli d’Italia ce qui permettrait de proposer leur candidat au poste de Premier ministre. Les mauvaises langues disent que cette tactique aurait reçu l’aval du Président russe. Aux électeurs italiens de trancher.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2022/05/10/de-limportante-dune-droite-nationale-qui-ne-soit-pas-eurosceptique-lexemple-espagnol/