Alors qu’il se murmure de plus en plus qu’un accord serait imminent pour ressusciter le traité de 2015 sur le dossier du nucléaire iranien, la diplomatie israélienne s’active dans les coulisses pour faire capoter les négociations. La France, l’Allemagne et le Royaume Uni sont notamment la cible de ce lobbying afin d’empêcher la signature d’un accord. Ces derniers jours, le Premier ministre israélien, Yair Lapid, s’est entretenu avec le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz afin de les persuader d’adopter une ligne inflexible vis-à-vis de l’Iran. Israël est dans son rôle. Mais sur la question iranienne, ses intérêts ne coïncident nullement avec ceux de l’Europe. Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire à de multiples reprises (1, 2 et 3) les intérêts de l’Europe militent pour une alliance stratégique entre Bruxelles et Téhéran. Tout d’abord le régime islamique ne sera pas éternel, la Perse oui. Ensuite, les chiites iraniens ne représentent aucun danger pour les Européens. Sont-ce des chiites qui multiplient les attentats islamistes en Europe depuis 2012 ? Non. Est-ce l’Iran qui finance les frères musulmans installés en Europe, les mosquées salafistes ou les associations islamistes ? Non. Enfin, nouer un véritable partenariat stratégique et économique avec l’Iran permettrait à l’Europe de mettre sur pied une alliance de revers redoutable à l’encontre de ses principaux ennemis (Turquie, Azerbaïdjan, Qatar). Si vis pacem, para bellum. Cette alliance résonnerait comme un sérieux avertissement dans toutes les capitales du Proche Orient qui ont une fâcheuse tendance ces dernières années à piétiner les intérêts européens. Notamment de l’autre côté du Bosphore…. Emmanuel Macron doit avoir le courage et la lucidité d’aller au bout de sa logique. Sa politique de défense européenne autonome ainsi que le pivot stratégique que la France semble opérer vers la Méditerranée orientale afin de lutter contre l’expansionnisme turc (4) doivent intégrer l’Arménie et trouvent naturellement leur prolongement géopolitique dans une alliance de revers avec l’Iran. Aucune nation ne veut se battre sur deux fronts. Aucune puissance ne peut tenir tenir très longtemps dans une telle configuration. La Turquie ne ferait pas exception. Cette alliance iranienne doit-être vue comme le prolongement oriental du retournement des alliances nécessaire au développement d’une politique de défense européenne autonome (5). Enfin, un élément récent milite pour un rapprochement entre les Européens et les Iraniens. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les pays européens doivent trouver des alternatives au gaz russe. Un accord sur le nucléaire iranien permettrait à Téhéran de revenir dans le jeu des exportations de gaz et offrir une alternative sérieuse aux Européens. L’Europe ne peut plus se permettre le luxe de se priver du gaz perse pour faire plaisir aux intérêts israéliens. Dans ces conditions les manœuvres israéliennes pour empêcher tout accord sur le nucléaire iranien doivent êtres repoussées fermement.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2021/01/19/les-europeens-devront-ils-remercier-joe-biden/

(2) https://europarabellum.com/2021/08/20/les-europeens-ne-doivent-pas-pousser-liran-dans-les-bras-de-la-chine/

(3) https://europarabellum.com/2021/10/02/la-tenaille-iranienne-ou-le-prolongement-oriental-du-retournement-des-alliances-dans-le-cadre-dune-politique-de-defense-europeenne-autonome/

(4) https://europarabellum.wordpress.com/2021/09/30/la-france-est-elle-en-train-deffectuer-son-pivot-strategique-vers-la-mediterranee-orientale/

(5) https://europarabellum.wordpress.com/2021/09/19/aukus-seul-un-renversement-des-alliances-pourra-sauver-leurope/