On peut tout dire de Madame Ursula von der Leyen mais une chose est certaine, ce n’est pas la honte qui l’étouffe. Ni la peur du ridicule. Sous prétexte de trouver des solutions alternatives au gaz russe, la présidente de la Commission européenne n’a rien trouvé de mieux que de se rendre en… Azerbaïdjan. L’Europe compte de nombreux concurrents, de nombreux adversaires, de potentiels ennemis mais en définitive très peu d’ennemis déclarés. Il se trouve qu’elle en compte deux. La Turquie qui occupe illégalement le territoire d’un État membre de l’Union européenne (le nord de Chypre), qui viole quotidiennement l’espace maritime et aérien de la Grèce et qui menace régulièrement d’envahir des îles appartenant à cette dernière. Et puis il y a l’Azerbaïdjan. Cette dictature qui a récemment mené une guerre contre l’Arménie en utilisant des bombes au phosphore contre des civils, qui a bombardé des écoles et des hôpitaux, qui a recruté des mercenaires islamistes dans sa guerre contre les Arméniens qui appartiennent, ne l’oublions jamais, à la civilisation européenne.

Mais en dépit de cela madame Ursula von der Leyen a décidé de faire le voyage à Canossa, pardon à Bakou, en se prosternant devant l’autocrate local. Vladimir Poutine pas bien ! Mais Ilham Aliyev bien ! Ce dernier au pouvoir sans discontinuer depuis 2003, n’a pourtant pas grand chose à envier à son homologue russe en matière de respect des droits de l’homme. L’Azerbaïdjan figure ainsi, rappelons-le tout de même, au 154 ème rang (sur 180) de la liberté de la presse. Pays qui non content d’éradiquer la culture arménienne de l’Artsakh (Haut-Karabakh pour les Azéris) à l’image des pratiques du grand frère turc dans le nord de Chypre, menace désormais de s’emparer d’une partie du territoire de l’Arménie (dans le sud) afin d’établir un corridor permettant de relier l’Azerbaïdjan à l’enclave azéri du Nakhitchevan et à la frontière turque. Un remake du corridor de Dantzig en quelque sorte.

Ach, on ne va pas s’énerver pour si peu a répondu madame Ursula von der Leyen. Le principal étant, je cite, que « L’UE se tourne vers des fournisseurs d’énergie fiables. L’Azerbaïdjan en fait partie. Avec l’accord d’aujourd’hui, nous nous engageons à étendre le corridor gazier sud, à doubler l’approvisionnement en gaz de l’Azerbaïdjan vers l’UE ». Donc pour résumer, l’Union européenne soutien l’Ukraine dans sa lutte contre l’agresseur russe en refusant d’acheter du gaz à Moscou pour… acheter du gaz à l’agresseur azéri qui revendique des territoires arméniens. Gaz azéri qui provient notamment du champ de Shah Deniz dont l’un des principaux actionnaires à hauteur de 20 % n’est autre que… l’entreprise russe Lukoil. On pourrait également lui répondre qu’un passé très récent a démontré quelle valeur il fallait accorder à la fiabilité d’un autocrate qui convoite les territoires de son voisin et qui se comporte chez lui comme un dictateur.

Laurent Dayona