Ma décision de soutenir pleinement et sans aucune réserve l’Ukraine face à l’invasion russe a surpris nombre de mes amis. Certains m’ont même tourné le dos se réfugiant dans un soutien aveugle à la Russie. D’autres en revanche se refusent à choisir cherchant à maintenir une position équilibrée entre Kiev et Moscou. Parmi eux se trouvent de nombreuses personnes pour lesquelles j’éprouve un profond respect. Mais leur position n’en est pas moins une faute géopolitique. Cette recherche d’équilibre entre l’Ukraine et la Russie était parfaitement compréhensible… avant. Elle était la mienne. Elle correspondait aux intérêts de l’Europe qui consistait à éviter qu’un nouveau conflit fratricide n’éclate entre les Européens. Conflit alimenté et provoqué par les puissances américaines et chinoises qui ont trouvé en l’Europe le terrain idéal pour s’affronter indirectement comme je le prophétisais dès novembre 2020 ! (1).

Il paraît qu’à Waterloo, découvrant un peu tard, la folie du maréchal Ney qui avait rassemblé sans en avoir reçu l’ordre la majeure partie de la cavalerie française pour la lancer contre les carrés britanniques, Napoléon 1er se serait écrié furieux : « C’est une heure trop tôt ». Et d’ajouter désabusé : « Mais il faut soutenir ce qui est fait » lançant dans la fournaise ses réserves de cavalerie. Aujourd’hui, nous sommes dans la même situation que l’empereur. Je suis également furieux car nous avons lamentablement échoué à empêcher ce conflit mais désormais il nous faut choisir un camp et soutenir ce qui est fait en sa faveur. Le mien sera toujours celui de l’unité européenne. En agressant une nation européenne et en choisissant l’alliance chinoise, quelque soit les bonnes raisons ou les bonnes excuses que l’on peut trouver à Vladimir Poutine pour expliquer cette trajectoire, le président russe s’est exclu de lui-même de la famille européenne. Et pour cela il doit être combattu. Il doit être stoppé. Désormais, une défaite de l’Ukraine serait également une défaite de l’Europe.

On pourrait me rétorquer qu’une victoire ukrainienne serait également une victoire américaine et qu’inversement une victoire russe serait une victoire chinoise. C’est vrai. Pour empêcher un tel scénario, la solution reste la même. Elle est pour le moment refusé par les Européens (2). À savoir investir le champ de bataille ukrainien en y amenant des troupes européennes dans l’Ouest du pays (Lviv, Odessa) pour imposer dans un premier temps un cessez-le-feu aux Russes afin de pouvoir ouvrir des négociations sérieuses dans un second temps. Seule une présence militaire en Ukraine donnera à l’Europe une légitimité pour se faire entendre de Moscou. C’est peut-être notre dernière chance d’éviter que ce conflit ne s’étende à d’autres pays. Si cela devait se produire la phrase de Churchill viendrait à nouveau nous hanter « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. ». L’abandon de l’Ukraine ou le simple soutien diplomatique et logistique ne sont plus des options. Nous n’avons plus le choix. Nous devons intervenir pour éviter le pire. Le temps nous est compté.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2020/11/22/leurope-terrain-de-jeu-de-la-nouvelle-guerre-froide/

(2) https://europarabellum.com/2022/05/23/and-the-winners-are-america-and-china-stop-or-again/