Boris Johnson n’était pas ma tasse de thé. Opportuniste, menteur, roublard et j’en passe. Il avait mené campagne pour le Brexit en racontant n’importe quoi et en pensant que le oui n’avait aucune chance de l’emporter. Vainqueur malgré lui du référendum il avait dû finir par accepter le poste de Premier ministre afin de mettre en œuvre le Brexit. Officiellement la chute du leader conservateur tient à la succession de scandales qui l’ont frappé, ainsi que son entourage, lors du confinement imposé par l’épidémie de covid plus connu sous le nom de « Partygate ». Je n’en crois pas un mot. Cette raison officielle n’est présente que pour flatter l’opinion publique qui s’était légitimement indignée de la légèreté avec laquelle Boris Johnson et les siens se soustrayaient aux règles qu’ils imposaient à l’ensemble de la nation. Les véritables raisons de la chute de l’enfant terrible du parti conservateur peuvent se résumer en quatre mots : Irlande du Nord, immigration. Comme je l’avais déjà évoqué dans un précédent article (1), l’attitude de Boris Johnson sur la question nord-irlandaise était totalement irresponsable. Par un cruel manque de courage politique et une totale absence du sens de l’histoire, l’ex Premier ministre n’a cessé de jouer les pyromanes en remettant systématiquement en cause le protocole nord-irlandais qu’il avait pourtant lui-même signé avec l’Union européenne. Celui-ci prévoyait l’absence de frontière économique entre l’Irlande du Nord, membre du Royaume-Uni, et la République d’Irlande, membre de l’Union européenne, afin d’empêcher que le Brexit n’impose le retour d’une frontière physique entre les deux Irlande ce qui entrait en contradiction avec l’esprit des accords de paix de 1998 qui avait mis fin à la guerre civile dans le nord de l’île. Ce protocole impliquait des contrôles douaniers et sanitaires entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord avec un statut mixte pour cette dernière, à la fois en zone douanière britannique et dans le marché unique de l’Europe. Mais en juin, Boris Johnson appuyait un projet de loi pour contourner ce protocole remettant ainsi en cause ses principes. Reniant ainsi sa signature et sa parole, Boris Johnson avait provoqué la légitime colère de Bruxelles. Mais pas que. Le président américain, Joe Biden, d’origine irlandaise, fulminait également contre l’attitude du leader britannique estimant que celui-ci menaçait la stabilité de l’Irlande. Le président américain a activé ses réseaux auprès des conservateurs britanniques pour leur faire savoir que la plaisanterie avait suffisamment duré et qu’il ne saurait être question que l’attitude de Boris Johnson conduise à réactiver le conflit nord-irlandais. À cela il convient d’ajouter la question migratoire. Même si il n’était qu’un opportuniste, sans réelle colonne vertébrale idéologique affirmée sur ce sujet, Boris Johnson avait néanmoins fini par comprendre que la véritable raison qui avait poussé la majorité des Britanniques à voter en faveur du Brexit était l’espoir de retrouver une souveraineté sur la maitrise des flux migratoires en direction du royaume. Après bien des hésitations et des signaux contradictoires (2 et 3), le Premier ministre britannique provoqua début juin la colère de tous les immigrationnistes forcenés que compte le monde occidental (4). Boris Johnson décida en effet de passer un accord avec le Rwanda afin d’envoyer dans ce pays les migrants arrivés illégalement sur le sol britannique, en échange de 120 millions de livres dans un premier temps, et ce afin de décourager les clandestins toujours plus nombreux à accoster sur les rivages de la Grande Bretagne. Bien entendu cette décision provoqua les cris d’indignation des partisans du toujours plus d’immigration au sein des pays européens (ONU, associations subventionnées, nombreux partis de gauche etc…). Mais elle venait également percuter la vision idéologique du parti conservateur britannique pour lequel le système économique repose sur le principe d’un libre échange s’appuyant sur des bas salaires rendu possible et facilité par une immigration toujours plus massive. Le prince Charles a quant à lui estimé que la politique migratoire de Boris Johnson était… « épouvantable ». Rien que cela. Et l’Église anglicane s’est élevée contre le projet par la voix de l’archevêque de Canterbury et primat de l’institution dont le chef n’est autre que la reine ! Dès lors le sort de Boris Johnson était scellé. D’ailleurs, quelques jours avant l’offensive des caciques du parti conservateur qui devait pousser Boris Johnson à la démission, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait réussi à bloquer les premières expulsions à destination du Rwanda en stipulant qu’il était impératif que la justice britannique statue préalablement sur la légalité du projet de loi, prévu courant juillet. On le voit, ce projet migratoire conforme aux attentes du peuple britannique ne devait pas voir le jour. Et je suis convaincu que la chute du vilain canard Boris Johnson signifiera l’enterrement en première classe de ce projet. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir la liste des prétendants à la succession de Boris Johnson parmi lesquels figurent Rishi Sunak et Sajid Javid, dont les démissions du gouvernement quasi-simultanées ont scellé le sort de l’ancien Premier ministre, pour comprendre qu’il est vain d’entretenir la moindre illusion sur ce sujet. Le Royaume-Uni continuera à subir la déferlante migratoire et le Brexit n’y changera rien puisque qu’il sera désormais piloté par des mondialistes immigrationnistes forcenés.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2021/05/16/irlande-du-nord-la-moins-mauvaise-des-solutions/

(2) https://europarabellum.com/2021/01/20/hong-kong-ou-la-preuve-de-la-duperie-du-brexit/

(3) https://europarabellum.com/2021/06/09/sachez-le-9/

(4) https://europarabellum.com/2022/06/07/tu-voulais-voir-londres-tu-verras-kigali-air-connu/