Le nouvel assaut contre l’enclave espagnole de Melilla prouve une nouvelle fois qu’il est vain et dangereux de vouloir conserver ce territoire. Année après année ces assauts sont de plus en plus nombreux et de plus en plus violents. Celui de vendredi a vu plus de 2.000 envahisseurs attaquer la clôture de sécurité censée protéger l’enclave. Si 18 de ces agresseurs ont trouvé la mort lors de cette tentative, un « nombre important » d’entre eux selon les autorités espagnoles a réussi à forcer les défenses et à pénétrer dans le territoire espagnol. J’ai déjà expliqué longuement à de nombreuses reprises pourquoi c’était une pure folie de la part de l’Espagne de vouloir conserver les deux enclaves de Melilla et Ceuta (1,2 &3). Les événements m’ont donné et me donneront raison. Ces deux enclaves sont impossibles à défendre et Melilla et Ceuta sont avant tout des passoires migratoires, elles ne sont en outre nullement européennes. Ni géographiquement, ni culturellement, ni démographiquement. Ce nouvel assaut démontre également la naïveté confondante des autorités espagnoles. Que cela soit le gouvernement ou la monarchie.

Sachant que ces assaut migratoires à répétition sont orchestrés et soutenus par les autorités marocaines qui revendiquent la souveraineté sur ces deux enclaves, l’Espagne a cru bon de faire une concession diplomatique majeure en mars dernier en reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara dans l’épineuse question du conflit qui oppose Rabat au Polisario. L’Espagne affichant jusque là une neutralité jugé bienveillante par le Maroc vis-à-vis des revendications du Polisario soutenu par l’Algérie. Ce revirement spectaculaire de Madrid s’est matérialisé par une missive du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, au roi du Maroc Mohamed VI dans laquelle il disait reconnaître « l’importance de la question du Sahara pour le Maroc » et qu’il considérait « l’initiative d’autonomie de Rabat pour le Sahara présentée en 2007 comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du conflit entre le Maroc et le Polisario ». En clair, l’Espagne reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Un peu plus loin la lettre précisait la véritable raison de ce retournement diplomatique en espérant que les deux pays réussiront à assurer « la coopération pour la gestion des flux migratoires dans la Méditerranée et l’Atlantique, en agissant toujours dans un esprit de pleine coopération ».

Et voici maintenant ce que j’écrivais le 20 mars (4) à propos de cette concession : « Croire que le Maroc, qui ne cesse de moderniser son armée et qui depuis l’automne 2020 a considérablement augmenté ses capacités militaires, et qui revendique le retour des enclaves de Ceuta et Melilla dans le royaume chérifien arrêtera ses provocations alors qu’il doit justement à cette politique le fait d’avoir obtenu une victoire diplomatique majeure est d’une bêtise sans nom. En vérité, Madrid vient d’envoyer un formidable message de faiblesse aux autorités marocaines qui ne fera qu’accroître l’agressivité de ces dernières. Non seulement la pression migratoire en provenance du Maroc ne cessera pas mais l’Espagne prend le risque de voir augmenter celle en provenance d’Algérie ». Les assauts migratoires en effet n’ont pas cessé et depuis le mois de mai l’Algérie a considérablement réduit ses exportations de gaz à destination de l’Espagne, et cela en pleine crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine, pour protester contre le soutien de cette dernière au plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental.

Ce nouvel assaut migratoire démontre que les concessions diplomatiques au Maroc ne servent à rien. Non seulement les autorités marocaines continuent d’orchestrer ce qu’il convient d’appeler des attaques mais elles poussent le cynisme jusqu’a réclamer une enquête internationale pour établir la responsabilité des autorités espagnoles dans le bilan humain de ces mêmes attaques ! C’est un cycle infernal qui apparaît sans fin. Il faut donc le briser. Et pour cela il est temps pour l’Espagne et l’Europe de considérer ces pays pour ce qu’ils sont. Des ennemis. Tout d’abord il convient de rendre Ceuta et Melilla au Maroc. Paradoxalement rendre ces territoires pourrait constituer la meilleure des punitions à l’encontre du royaume chérifien. Premièrement il le priverait du chantage migratoire qu’il exerce en permanence. Ensuite, il faut savoir que les deux enclaves espagnoles font vivre des dizaines de milliers de familles marocaines. Soit par la contrebande de marchandises, les douanes du Maroc estime ainsi que le trafic entre Ceuta et la ville marocaine voisine de Fnideq représente entre 500 et 700 millions d’euros par an, soit en travaillant comme salariés dans les deux enclaves. Le retour au Maroc de ces deux cités porterait un coup rude à l’économie locale.

Enfin et surtout, afin de surveiller le Maroc mais également pour sécuriser les côtes espagnoles, Madrid pourrait militariser plusieurs îles méditerranéennes inoccupées qu’elle possède (5) mais revendiquées par le Maroc, à la manière dont la Chine militarise les îlots en mer de Chine méridionale (6). Des travaux de grandes ampleurs sur les îles concernées, à l’image de ceux opérés par l’armée chinoise, pourraient permettre de transférer une partie des effectifs de Ceuta et Melilla après leur départ afin de renforcer les petites garnisons qui y sont déjà établies. Des infrastructures maritimes et aériennes devraient y être également développées afin d’offrir une capacité opérationnelle maximale aux forces espagnoles. Et surtout, l’Espagne devrait intégrer l’alliance franco-grecque (7) dans le cadre d’une politique européenne de défense autonome. Chacune des nations s’engageant à se porter mutuellement une assistance militaire directe en cas d’attaque par un pays tiers. Avec le soutien des alliés européens cette barrière maritime pourrait constituer une arme efficace à la fois pour dissuader le Maroc d’entreprendre une aventure militaire mais également pour lutter contre l’immigration illégale en Méditerranée occidentale. Aussi bien en provenance du Maroc que de l’Algérie, de la Tunisie ou de la Libye.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2020/11/15/le-moment-est-venu-pour-lespagne-de-rendre-ceuta-et-melilla-au-maroc/

(2) https://europarabellum.com/2021/08/14/lespagne-doit-imiter-en-mediterranee-la-strategie-maritime-de-la-chine/

(3) https://europarabellum.com/2021/10/07/face-au-rearmement-du-maroc-lespagne-doit-integrer-lalliance-franco-grecque/

(4) https://europarabellum.com/2022/03/20/et-pendant-ce-temps-la-au-sud/

(5) Il s’agit de l’îlot du Persil, des iles alhucemas, de l’île d’Alboran et des îles Zaffarines.

(6) Environ 3.000 militaires espagnols sont stationnés actuellement dans chacune des deux enclaves. Des travaux de grandes ampleurs sur les îles concernées, à l’image de ceux opérés par l’armée chinoise, pourraient permettre de transférer une partie des effectifs de Ceuta et Melilla après leur départ afin de renforcer les petites garnisons qui y sont déjà établies. Des infrastructures maritimes et aériennes devraient y être également développées afin d’offrir une capacité opérationnelle maximale aux forces espagnoles. Lire à ce sujet l’article suivant : La Chine construit des îles artificielles pour revendiquer des …https://www.lefigaro.fr › Actualité › International

(7) https://europarabellum.com/2021/09/30/la-france-est-elle-en-train-deffectuer-son-pivot-strategique-vers-la-mediterranee-orientale/