Les ennemis de mon ennemi sont mes amis. Car la Turquie est bien une ennemie de la civilisation européenne. L’histoire ancienne est une longue litanie d’agressions turques contre les pays européens. Les 500 ans d’occupation turque des Balkans sont aujourd’hui encore comme une marque au fer rouge dans la mémoire des peuples de cette région. Sans oublier le génocide des Arméniens. Mais l’histoire moderne et l’actualité démontrent également que rien n’a changé dans les rapports entre l’Europe et son ennemi turc. Comment qualifier autrement la Turquie lorsque ce pays se permet d’occuper illégalement depuis 1974 une partie du territoire (le nord de Chypre) d’un pays membre de l’Union européenne ? Comment qualifier autrement la Turquie lorsque ce pays se permet de violer quasi quotidiennement les espaces aériens et maritimes de la Grèce et de Chypre ? Comment qualifier autrement la Turquie lorsque ce pays se permet de revendiquer des îles grecques en Méditerranée orientale ? Comment qualifier autrement la Turquie lorsque ce pays se permet de menacer de voler les ressources gazières chypriotes ? Comment qualifier autrement la Turquie lorsque ce pays se permet d’instrumentaliser les vagues migratoires contre l’Europe en exerçant un chantage afin de lui soutirer des milliards d’euros ? Comment qualifier autrement la Turquie lorsque ce pays soutien militairement l’Azerbaïdjan dans son conflit contre l’Arménie ? Comment qualifier autrement la Turquie lorsque son président attise le séparatisme des communautés turques présentes en Europe en exigeant qu’elles ne s’assimilent ou ne s’intègrent pas ? Dans ces conditions l’Europe est en droit de se défendre afin d’affaiblir la Turquie. Et l’actualité pourrait lui offrir une belle opportunité de constituer une alliance de revers avec les Kurdes si elle voulait s’en donner un tant soit peu les moyens. J’avais prévenu dès le 04 octobre dernier (1) qu’il fallait prendre le président turc au sérieux lorsqu’il expliquait notamment que « les frontières physiques de la Turquie sont bien différentes des frontières « du cœur », et que de nombreux historiens pensent que la Turquie devrait inclure Chypre, Mossoul (Iraq), Alep (Syrie), Batoumi (Géorgie) ou encore… Thessalonique (Grèce) ». Et bien il se trouve que le satrape d’Anatolie renouvelle depuis plusieurs jours ses menaces d’étendre ses conquêtes en Syrie, où il occupe déjà de vaste portion du territoire,

afin d’établir une bande de 30 kilomètres de profondeur au sud de la frontière turque. Notamment en « nettoyant » selon l’expression de Recep Tayyip Erdogan les zones de Tell Rifaat et Manbij.

Quelle différence avec l’attitude de Vladimir Poutine ? Aucune. Pourtant aucune condamnation des Occidentaux. Aucune sanction économique des Occidentaux. Aucune livraison d’armes à la résistance kurde. Pourquoi. Parce que la Turquie est un allié vital de Washington dans la région et que le pays est un membre de l’OTAN. Envahir l’Ukraine c’est mal. Ce qui est rigoureusement exact. En revanche, annexer des portions importantes du territoire syrien c’est bien. CQFD. D’aucun me rétorqueront donc, à juste titre, que cela est impossible pour les Européens d’aider la résistance kurde puisque la Turquie est membre de l’OTAN et que les pays européens dans ces conditions ne peuvent pas soutenir militairement une guérilla en lutte contre Ankara. Cela prouve simplement une nouvelle fois que l’appartenance des pays européens à l’Alliance Atlantique est contraire à leurs intérêts géopolitiques. Tant que nous persisterons à ne pas comprendre que l’OTAN est avant tout un outil de défense des intérêts stratégiques et économiques des USA, les Européens seront dans l’incapacité de faire prévaloir la défense de leurs propres intérêts. Nous le voyons avec l’Ukraine, nous le voyons avec la Turquie.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2021/10/04/pourquoi-il-faut-prendre-recep-tayyip-erdogan-au-serieux/