Depuis quelques jours nous pouvons entendre une petite musique se développer, s’amplifier sur tous les plateaux de télévision. Experts, historiens, anciens ministres, journalistes etc… affirment, non sans raison, que les États-Unis souhaiteraient poursuivre la guerre par procuration en Ukraine (comprendre contre la Russie jusqu’au dernier Ukrainien) alors que les Européens souhaiteraient mettre fin à ce conflit le plus rapidement possible. Concernant la position américaine ce n’est pas moi qui vais dire le contraire puisque c’est ce que j’ai martelé sur ce blog depuis des semaines alors même que cette opinion était qualifiée de complotiste dans les médias mainstream. Mieux vaut tard que jamais n’est-ce pas ? Passons. Plus intéressante est la description de la position de l’Europe. On commente beaucoup la dernière prise de parole du président français et du chancelier allemand appelant leur homologue russe à des « négociations directes sérieuses » avec le dirigeant ukrainien. Cette position est la preuve pour nos commentateurs que les Européens s’activent dans les coulisses pour accélérer les négociations de paix, d’autant plus que le président russe serait peu ou prou sur le point d’obtenir sur le terrain gain de cause dans le sud de l’Ukraine et dans le Donbass. Alors là laissez-moi vous dire que je rigole. Non pas que la situation prête à la plaisanterie mais en matière de tartufferies les Européens sont des champions ! Voilà trois mois que les Européens ne font rien. Alors oui, on va me répondre que c’est faux car les sanctions, les livraisons d’armes, le soutien diplomatique etc… Sauf que cette position attentiste, confortable, qui ressemble beaucoup à celle d’un supporter de football qui hurle dans les tribunes mais qui ne pourra jamais être pleinement acteur, cette position de spectateur donc ne permettra jamais aux Européens d’avoir une réelle influence sur les événements ni d’être considéré par les Russes ou les Ukrainiens comme un acteur (ou un arbitre) avec lequel il va falloir compter pour terminer la partie. Pour cela il fallait intervenir sur le terrain comme je l’ai souligné à plusieurs reprises dans mes derniers articles. Si des régiments européens (Polonais ou Français) se trouvaient aujourd’hui dans les rues de Lviv où d’Odessa, les propositions et les paroles d’Emmanuel Macron et d’Olaf Scholz auraient davantage de poids qu’elles n’en ont aujourd’hui. Aussi bien du côté russe qu’ukrainien. Au lieu de cela nous continuons à jouer les Tartuffe. À faire semblant d’avoir une diplomatie européenne indépendante des États-Unis. Nous privilégions la posture plutôt que l’action, le confort de la soumission aux risques de l’autonomie. Et pendant ce temps là, en dépit de ses échecs, de ses erreurs et de l’état déplorable de l’armée russe, Vladimir Poutine arrive tant bien que mal à atteindre ses objectifs militaires. Au nez et à la barbe des Européens. Si il doit y avoir un point commun entre 1938 et 2022 il peut se résumer à la médiocrité, la lâcheté et au final a la tartufferie des adversaires européens des dictateurs d’hier et d’aujourd’hui.

Laurent Dayona