Lorsque dans un pays européen un parti nationaliste de droite ne se montre pas hostile à l’Europe il a toute les chances de peser sur les décisions nationales. Cela devrait faire réfléchir le Rassemblement national ou Reconquête. C’est ce qui se passe actuellement en Espagne. Bien qu’il soit radicalement opposé à l’immigration musulmane et qu’il soit un ardent défenseur des valeurs traditionnelles, le parti nationaliste espagnol Vox influence de plus en plus la vie politique de son pays (*). Pourquoi ? Parce qu’il ne s’inscrit pas, à la différence de ses homologues français, dans une ligne eurosceptique stérile. Cela lui permet de passer des alliances régionales lui assurant même de gouverner en coalition avec le Parti populaire dans la région de Castille-et-León. Inimaginable en France. On évoque déjà un gouvernement national de coalition entre Vox et le Parti populaire en cas de victoire aux prochaines élections législatives. Mais plus surprenant est que l’ascension de Vox, à la différence de ce qui se passe en France, exerce même une influence sur les décisions de la gauche. Ainsi depuis quelques semaines le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, immigrationniste convaincu, a dû néanmoins se résoudre à se lancer dans une politique d’expulsion immédiate de clandestins marocains vers le Maroc aussi bien par voie maritime ou aérienne provoquant les habituelles cris d’orfraie des associations constituant pourtant la clientèle de la gauche. La raison ? La poussée du parti nationaliste Vox dans tous les sondages. N’étant pas eurosceptique rien ne l’empêche désormais d’accéder au pouvoir en coalition. Un cauchemar pour la gauche espagnole qui en France, à cause du positionnement européen de Marine Le Pen, rend ce scénario impossible. Conséquence, pour éviter de donner du grain à moudre à Vox, le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez est dans l’obligation de prendre en compte les préoccupations de l’électorat de Vox. Alors qu’en France, en dépit de scores nationaux bien plus importants, toute la classe politique, qu’elle soit de gauche ou de droite, s’assoit depuis des décennies sur les préoccupations de l’électorat de la droite nationale. Je vous laisse méditer là-dessus.

Laurent Dayona

(*) Cela ne veut pas dire que le mouvement Vox soit exempt de tout reproche. On pourrait par exemple citer son atlantisme forcené qui le conduit à remettre entre les mains des États-Unis la sécurité de son pays, notamment vis-à-vis de son voisin marocain, plutôt que de solliciter une alliance méditerranéenne des nations européennes.