Lorsque la guerre a commencé le 24 février tous les experts étaient d’accord pour dire que l’armée biélorusse allait intervenir en Ukraine aux côtés de l’armée russe. Cela ne faisait aucun doute. Aujourd’hui, ces mêmes experts ne cachent pas leur étonnement que cela ne se soit pas produit. Le régime d’Alexandre Loukachenko étant, selon eux, totalement dépendant du bon vouloir de Vladimir Poutine, ils ne comprennent pas comment le président biélorusse peut résister aux pressions émanant de Moscou. Il n’y a là pourtant rien de surprenant. Du moins pour ceux qui ont lu mes articles des 11 novembre et 18 décembre dernier (1 et 2). Le régime au pouvoir à Minsk n’obéit plus au maître du Kremlin depuis près d’un an. Durant cette période tous les actes d’Alexandre Loukachenko s’expliquent par son alliance avec la Chine. Que cela soit la crise des migrants aux frontières baltes et polonaises, son défi de fermer des gazoducs traversant la Biélorussie ou encore ses menaces militaires à l’encontre des pays baltes ou de l’Ukraine. Je ne peux que vous inviter à relire mes deux articles pour vous faire une opinion afin de comprendre le jeu trouble entre Pékin et Minsk. Quoi qu’il en soit les militaires biélorusses n’ont pas levé le petit doigt pour venir en aide à leurs frères russes embourbés dans les plaines ukrainiennes. Or, on observe depuis quelques heures des mouvements importants au sein des troupes biélorusses qui, selon le Ministère de la Défense de Biélorussie, doivent opérer une vérification soudaine de l’état de préparation au combat de toutes les forces militaires du pays. Il convient de rester très attentif à ce qui se passe dans ce pays. Si dans les jours où les semaines qui viennent l’armée biélorusse devait intervenir dans le conflit cela signifiera que la Chine a demandé qu’il en soit ainsi. Comme je l’ai écrit le 15 mars, les Chinois ne permettront pas une humiliation de la Russie « je peux vous affirmer qu’il n’est pas dans l’idée des Chinois d’abandonner la Russie. Une défaite qui mènerait à une humiliation de Vladimir Poutine n’est pas un scénario acceptable pour les Chinois. Cela pourrait déboucher sur une déstabilisation profonde de la Russie ce qui n’est aucunement dans l’intérêt stratégique de la Chine. Si un terrain d’entente n’est pas trouvé qui puisse sauver la face du dirigeant russe (…) non seulement Pékin ne laissera pas tomber Moscou contrairement aux espoirs des analystes cités plus haut mais on peut envisager une aggravation de la guerre et une extension de son aire géographique ». Or depuis le 15 mars non seulement aucun compromis n’a pu être trouvé entre Washington et Pékin mais les États-Unis ont passé la vitesse supérieure profitant de l’immobilisme et de la pusillanimité des Européens pour s’imposer sur le terrain (4). Les dizaines de milliards d’armement américain qui se déversent actuellement sur l’Ukraine risquent non seulement de stopper l’armée russe mais surtout de lui infliger une humiliante défaite. C’est dans ce nouveau scénario qu’il faut replacer une éventuelle intervention de la Biélorussie. Si la Chine estime qu’elle est indispensable pour rétablir l’avantage en faveur de la Russie alors Alexandre Loukachenko fera manœuvrer ses troupes vers les plaines d’Ukraine prenant le risque de faire basculer ce conflit dans une nouvelle dimension.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2021/11/11/vous-avez-recu-un-message-chinois/

(2) https://europarabellum.com/2021/12/18/le-boutefeu-bielorusse-de-pekin-poursuit-son-travail-de-sape/

(3) https://europarabellum.com/2022/03/15/la-chine-ne-laissera-pas-tomber-vladimir-poutine/

(4) https://europarabellum.com/2022/04/26/la-pusillanimite-des-europeens-ouvrent-la-voie-a-une-guerre-mondiale/