La réélection triomphale de Viktor Orban à la tête du gouvernement hongrois a été fêtée comme il se doit à Moscou et Pékin. Si on ajoute à cela la réélection d’Aleksandar Vucic à la tête de la Serbie la soirée du 03 avril a été excellente pour les intérêts de Vladimir Poutine et de Xi Jinping. Dans un article du 02 février dernier (1) j’annonçais que la Russie et la Chine feraient tout pour sauver le soldat Viktor Orban en rappelant le changement d’alliance opéré par le Premier ministre hongrois. La guerre en Ukraine n’a fait que confirmer ce virage stratégique. Si Viktor Orban a condamné l’agression russe, il a néanmoins multiplié les signaux amicaux envers Moscou. Contrairement à son rival de l’opposition, le Premier ministre de la Hongrie a sans cesse réaffirmé que son pays souhaitait rester en dehors de cette guerre et qu’il n’autoriserait pas les demandes de transfert d’armes vers l’Ukraine ni des sanctions plus dures envers la Russie. Au final l’opinion publique hongroise s’est ralliée à la position du chef du gouvernement hongrois. On retrouve cette attitude chez le président serbe, Aleksandar Vucic, qui tout en affirmant que la Serbie respectait l’intégrité territoriale de l’Ukraine n’a eu de cesse de répéter que Belgrade n’imposerait pas de sanctions contre Moscou. Plutôt que de jeter l’opprobre sur ces deux pays, il serait peut-être temps pour les Européens de changer enfin leur fusil d’épaule et de réadapter leur politique vis-à-vis de Belgrade et Budapest afin de pouvoir contrecarrer l’influence néfaste de Moscou et Pékin. Il n’est pas trop tard. Pas encore. Mais cela passe par une politique de séduction tout azimut. Car c’est bien connu, on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre. Le prochain président français, quel qu’il soit, doit se démarquer impérativement de la politique suicidaire et hostile menée par les institutions bruxelloises envers ces deux pays. Il devra exiger à ce que la décision de la justice européenne d’autoriser le gel des subvention européennes à la Hongrie ne soit pas validé par la Commission européenne. Il devra publiquement s’engager à ce que les négociations en faveur d’une intégration de la Serbie à l’Union européenne s’accélère franchement. Enfin il devra s’opposer à l’intégration du Kosovo dans l’OTAN ainsi qu’a tout rattachement de cette ancienne province serbe à l’Albanie. Il se trouve également que le Premier ministre hongrois, bien que cela ne soit que peu connu du grand public, est un partisan d’une Europe de la défense. Il pourrait devenir un solide allié de Paris sur ce sujet si on s’en donnait la peine. Il y aurait encore bien davantage à faire et nous aurons sans aucun doute l’occasion d’y revenir. Mais si ces préalables n’étaient pas remplis alors nous prendrions le risque de voir la Hongrie et la Serbie s’ancrer définitivement dans une alliance sino-russe dans laquelle l’Europe aurait tout à perdre.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2022/02/02/pekin-et-moscou-veulent-sauver-le-soldat-viktor-orban/