Vous pouvez lire ou entendre depuis quelques jours des analyses qui expliquent que la Chine étudierait la meilleure façon de laisser tomber Vladimir Poutine. Xi Jinping serait consterné devant ce qui s’apparente de plus en plus comme un échec de l’offensive russe en Ukraine. Ne voulant pas être associé à une défaite désormais plausible, Pékin serait enclin à se détourner progressivement de Moscou. Malheureusement ces personnes ont tort. Je dis malheureusement car c’est sans doute le scénario qui permettrait d’entrevoir plus ou moins rapidement la fin du conflit. Mais les analystes qui font ce pari sont les mêmes qui n’ont toujours pas compris les ressorts profonds du conflit en Ukraine. Ce dernier n’est pas seulement un conflit régional, il n’est pas non plus seulement un conflit entre la Russie et les Occidentaux, il est aussi et SURTOUT le PREMIER affrontement de la guerre froide sino-américaine. Affrontement qui doit conduire à préserver la domination des États-Unis selon Washington ou bien conduire à l’instauration d’un nouvel ordre mondial sous domination chinoise selon Pékin. Dans ces conditions penser, ne serait-ce qu’une seule seconde, que la Chine pourrait laisser tomber son allié russe, que la guerre a transformé en vassal, est totalement exclu. Cela reviendrait pour la Chine à passer indirectement sous les fourches caudines américaines et repousserait son projet de détruire l’hégémonie mondiale des États-Unis pour de nombreuses décennies. Impensable. La rencontre à Rome le 14 mars entre Jake Sullivan, conseiller national à la sécurité de l’administration Biden, et Yang Jiechi, responsable des relations internationales au sein du Parti communiste chinois s’inscrit dans le cadre de cet affrontement sino-américain au niveau mondial. Consciente que l’affaire ukrainienne peut déboucher sur une troisième guerre mondiale, ce qui n’est dans l’intérêt d’aucune des deux superpuissances, Washington et Pékin ont voulu se jauger. On ne sait rien à l’heure actuelle de ce qui a pu se dire durant cet entretien. Y-a-t-il eu des menaces ? La recherche d’un compromis ? Nul ne sait. Mais je peux vous affirmer qu’il n’est pas dans l’idée des Chinois d’abandonner la Russie. Une défaite qui mènerait à une humiliation de Vladimir Poutine n’est pas un scénario acceptable pour les Chinois. Cela pourrait déboucher sur une déstabilisation profonde de la Russie ce qui n’est aucunement dans l’intérêt stratégique de la Chine. Si un terrain d’entente n’est pas trouvé qui puisse sauver la face du dirigeant russe (reconnaissance de l’autonomie du Donbass, de la souveraineté russe sur la Crimée et neutralisation de l’Ukraine sur la question de l’OTAN d’un côté, retrait des forces russes, reconnaissance de l’adhésion de Kiev à l’UE et de la souveraineté ukrainienne de l’autre) non seulement Pékin ne laissera pas tomber Moscou contrairement aux espoirs des analystes cités plus haut mais on peut envisager une aggravation de la guerre et une extension de son aire géographique. Tout cela bien entendu sans aucune concertation avec les Européens. C’est pourquoi il est urgent pour eux de prendre leurs responsabilités comme je l’ai évoqué dans mon article précédent (1) afin de pouvoir peser dans la suite des événements. Que cela soit dans la perspective d’une paix négociée ou de la poursuite de la guerre. Dans le cas contraire, les Européens se condamneront à n’être que des pantins entre les mains de la Chine et des Etats-Unis.

Laurent Dayona.

(1) https://europarabellum.com/2022/03/13/glacis-russe-vs-glacis-europeen-le-temps-est-venu-pour-leurope-dintervenir-militairement-en-ukraine/