Remarquez-vous l’étrange discrétion des deux pyromanes qui n’ont eu de cesse de souffler sur les braises de la crise ukrainienne et d’alimenter les tensions entre Européens et Russes ? Avez-vous remarqué le silence de ces pyromanes qui ont pourtant donné leur blanc seing à Vladimir Poutine pour envahir l’Ukraine ? Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février c’est le service minimum. Tant à Washington qu’à Pékin. Côté américain cela s’explique parfaitement. L’objectif est atteint. Le chiffon rouge de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a remplit son rôle. C’est désormais un gouffre qui s’est ouvert entre l’Europe et la Russie. La crainte des États-Unis qu’un rapprochement entre ces deux entités puisse voir le jour et donner vie à une superpuissance concurrente est renvoyée aux calendes grecques. Pire encore, la vassalité des pays européens envers les Américains pour toutes les questions liées à leur défense fait que les premiers en négligeant ou en délaissant leur industrie militaro-industrielle sont totalement dépendants de Washington pour s’armer et s’équiper. Les morts potentiels si un conflit venait à éclater avec Moscou seront européens mais en attendant les bénéfices économiques, bien réels, sont américains. Pourtant, ces derniers avaient prévenu. Aucun soldat américain ne mettra le pied en Ukraine. Provoquer son adversaire russe tout en l’avertissant qu’il avait carte blanche pour agresser l’Ukraine aurait dû mettre la puce à l’oreille et inciter Emmanuel Macron ou Olaf Scholtz à se détacher de Washington pour agir unilatéralement en proposant à Vladimir Poutine des solutions diplomatiques audacieuses (1). Malheureusement il n’en fut rien. Que cela soit le président russe ou les dirigeants européens ils ont tous mordu à l’hameçon américain. Comme des imbéciles. Et maintenant les Américains regardent cette situation d’un regard presque goguenard en disant aux Européens « Démerdez-vous ». Washington fait le service minimum en envoyant quelques milliers de soldats en Pologne, en Allemagne etc… C’est qu’ils ne veulent pas transformer leur victoire tactique en victoire stratégique pour la Chine (2). Pour eux leur véritable adversaire se trouve dans l’Indo-Pacifique. Pas question d’avoir les mains liés par un engagement dans un conflit militaire en Europe. C’est si vrai que je pense, comme je l’ai dit dans un article précédent (3), qu’ils ont même accepté l’idée que la Russie reconstitue son empire. Aujourd’hui en Ukraine et en Biélorussie, demain en Moldavie ou en Géorgie.

Dans le camp d’en face même profil bas. Pourtant la Chine a bel et bien donné son accord à la Russie à deux reprises pour envahir l’Ukraine. Le 15 décembre 2021 lors d’un entretien virtuel entre Xi Jinping et Vladimir Poutine (4) et à la veille des Jeux Olympiques durant la visite du président russe à Pékin. Là encore il faut convenir que Pékin à toutes les raisons de se réjouir. Les sanctions économiques occidentales envers la Russie pour la punir de son invasion de l’Ukraine font parfaitement le jeu des Chinois. Désormais la Russie n’a plus le choix. Elle devient totalement dépendante de la Chine. Moscou est devenue tout autant le vassal de Pékin que Bruxelles est le laquais de Washington. Des banques russes annoncent déjà leur participation au système chinois CIPS comme alternative au système occidental SWIFT d’échanges bancaires. Et la société russe Gazprom a déjà annoncé un accord gazier majeur avec la Chine avec la construction d’un nouvel oléoduc pour fournir 50 milliards de mètres cubes par an à Pékin. En s’appuyant sur la Chine la Russie va créer une économie distincte pour le plus grand bénéfice… de la Chine. Mais le gain de la Chine n’est pas seulement économique. Il est aussi géopolitique. C’est ce qui explique le silence actuel de la Chine. Elle prend des notes. Elle observe. Elle se prépare. Demain, lorsque Xi Jinping voudra s’emparer de Taïwan il pourra s’appuyer sur l’expérience des événements présents. Il pourra compter au minimum sur la neutralité bienveillante de la Russie. Il pourra s’amuser à souffler sur les braises des Balkans où la Chine rivalise lorsqu’elle ne dépasse pas déjà l’influence russe (Serbie, république serbe de Bosnie, Monténégro, Hongrie) afin d’ouvrir un second front. Enfin, il est à craindre que son alliance avec Alexandre Loukachenko pour se venger de la Lituanie en instrumentalisant les migrants (5) ne soit qu’une répétition pour des événements beaucoup plus grave. L’infiltration de terroristes islamistes en Europe pour y mener une guerre par procuration n’est pas à exclure. Son alliance avec le Pakistan l’un des centres du djihadisme international, le départ des Américains d’Afghanistan et les négociations de plus en plus avancées entre Kaboul et Pékin feraient bien d’inquiéter les Européens. Car si les talibans ont promis aux américains que leur pays ne servira pas de base arrière au terrorisme international pour les frapper comme ce fut le cas entre 1998 et 2001, rien ne dit que cette promesse vaut pour les Européens. Il est permis d’en douter et je pense sincèrement que les Américains s’en moquent éperdument. Si on ajoute la Tchétchénie dans la main de Vladimir Poutine on s’aperçoit qu’il pourrait être très facile pour la Chine de mêler des terroristes islamistes au sein des vagues migratoires en provenance de l’Asie centrale.

Les Européens l’ignorent, les candidats à la présidentielle française l’ignorent mais notre continent est devenu comme je l’avais prévu lors de la création de ce blog l’un des champs de bataille de la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine. Il est tragique que cette analyse ne soit toujours pas remonté jusqu’aux dirigeants européens. Lorsqu’on veut préparer une stratégie afin de riposter encore faut-il reconnaître le danger qui vous menace. Vladimir Poutine est un danger mais les marionnettistes sont à Pékin et Washington.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2022/01/26/crise-ukrainienne-ce-quemmanuel-macron-et-olaf-scholz-devraient-faire/

(2) https://europarabellum.com/2022/02/25/guerre-en-ukraine-victoire-tactique-americaine-vs-victoire-strategique-chinoise/

(3) https://europarabellum.com/2022/02/27/la-nation-europeenne-doit-naitre-dans-les-plaines-ukrainiennes/

(4) https://europarabellum.com/2021/12/16/veillee-darmes-xi-jinping-sort-du-bois/

(5) https://europarabellum.com/2021/10/22/la-chine-est-elle-derriere-laccentuation-de-la-crise-migratoire-en-lituanie-et-en-pologne/ (lire également tous les autres articles publiés ultérieurement et démontrant la validité de cette analyse)