La UNE du quotidien sportif français l’Équipe fait beaucoup parler aujourd’hui. Il est vrai qu’elle est cinglante, efficace et esthétique. Elle résume parfaitement la mise au ban de la Russie par le monde sportif. Progressivement, tant les équipes nationales russes que les athlètes russes à titre individuel, la Russie se voit chasser de toutes les compétitions sportives à travers la planète. Cela ne me choque pas. Bien entendu ces athlètes ne sont pas responsables des agissements de Vladimir Poutine. Mais sauf à vouloir entrer directement en guerre contre la Russie, ce que personne ne souhaite en dehors de quelques fanatiques comme Bernard-Henri Lévy, il est indispensable de riposter pour punir et affaiblir la Russie. Cependant, entendre des journalistes encenser le monde du sport pour cette réaction me fait étrangler de rage. Quelle hypocrisie. Une véritable tartufferie. Tous ces journalistes peuvent-ils me rappeler d’où reviennent des milliers d’athlètes qui ont durant quinze jours participé aux Jeux Olympiques ? De Chine ! Mais oui, la très démocratique Chine avec son président très démocratique. Cette Chine qui outre d’être responsable d’une pandémie mondiale qui a causé la mort de millions de personnes exerce une répression féroce contre des pans entiers de sa population à commencer par les Tibétains ou les Ouïghours. Mais ce n’est pas tout. Ces journalistes peuvent-ils me rappeler où va se retrouver l’ensemble de la planète foot d’ici la fin de l’année et durant un mois ? Dans le très démocratique Qatar ! Et là pas de boycott en dépit des nombreuses révélations que les différents chantiers pour organiser la coupe du monde ont provoqué en l’espace de dix ans la mort de 6.000 à 7.000 ouvriers venus d’Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh ou du Sri Lanka. Des ouvriers traités comme de véritables esclaves. Ce même Qatar qui finance l’organisation terroristes des Frères Musulmans. Ce même Qatar qui finance la diffusion dans le monde de la très démocratique idéologie salafiste avec toutes les conséquences sécuritaires que cela implique pour de nombreux pays. Alors oui, il est sain que la Russie subisse les conséquences de l’action insensée de son dirigeant. Mais de grâce épargnez-moi les commentaires dithyrambiques sur un monde sportif dont l’indignation est pour le moins à géométrie extrêmement variable.

Laurent Dayona