Personne ne peut me taxer d’être anti-russe. Il suffit de relire l’ensemble de mes articles pour comprendre tout le ridicule d’une telle accusation. Encore une fois lorsque j’ai ouvert ce blog c’était dans le but de prévenir les Européens que leur continent allait devenir le théâtre d’un affrontement dans le cadre de la guerre froide sino-américaine (1). Nous y sommes. Durant toute la crise ukrainienne qui a précédé la guerre j’ai démontré le cynisme des États-Unis et de la Chine qui dans les coulisses ont tiré les ficelles pour pousser Vladimir Poutine à commettre l’irréparable (2). Malheureusement ce dernier n’a pas eu le sang-froid et la lucidité nécessaire pour résister au piège qui lui a été tendu. Malheureusement les Européens n’ont pas su saisir la chance historique de s’émanciper de la tutelle américaine pour offrir à la Russie une issue diplomatique reposant sur des propositions audacieuses et efficaces (3). Mais ça, désormais, c’est le passé. Le présent c’est la guerre en Ukraine. Et il va conditionner notre avenir.

Les Européens ne peuvent pas assister sans réagir à l’écrasement de ce pays. Si nous n’intervenons pas aujourd’hui il est à craindre que l’Europe devra payer un prix encore plus élevée d’ici quelques mois ou quelques années. Car le message de lâcheté que l’on aura envoyé au monde entier aura des répercussions incalculables. Envers Vladimir Poutine bien entendu mais pas seulement. Laisser tomber l’Ukraine c’est laisser tomber la Moldavie. La situation de ce pays en proie à une région séparatiste pro-russe, la Transnistrie, dans laquelle stationne déjà la XIV ème armée russe ressemble étrangement à celle qui prévalait dans le Dombass ukrainien. Or la Moldavie s’est donnée il y a quelques mois un gouvernement pro-européen ce qui déplaît fortement à Vladimir Poutine. Je ne vois pas très bien ce qui pourrait empêcher le président russe de renouveler le scénario ukrainien en Moldavie si il venait à triompher en Ukraine puisque la Moldavie n’appartient pas à l’OTAN.

Mais au-delà de la Moldavie qui peut aujourd’hui prendre le risque d’affirmer que les Pays Baltes ne seraient pas demain dans le collimateur du maître du Kremlin ? On va me rétorquer qu’ils appartiennent à l’OTAN et qu’une intervention russe provoquerait la troisième guerre mondiale. En est-on bien sûr ? Ces trois pays sont minuscules et abritent de fortes minorités russophones. Une invasion russe pourrait se terminer en 24 ou 48 heures pour l’essentiel. Le fait accompli, une fois l’effet de stupeur et d’indignation passé, pourrait bien s’imposer aux dirigeants européens. Et le soulagement compréhensible d’éviter l’apocalypse nucléaire pourrait amener l’Occident, une fois de plus, à reculer. C’est là-dessus que pourrait compter Vladimir Poutine convaincu qu’il est que jamais les Occidentaux n’auront le courage d’utiliser l’arme nucléaire en premier.

Mais il y a une autre raison qui peut pousser le président russe à prendre ce risque insensé. Une fois l’annexion effective de la Biélorussie, en collaboration avec le président fantoche Alexandre Loukachenko, la seule chose qui empêchera de réunir l’enclave russe de Kaliningrad à la mère patrie sera la Lituanie. Qui peut croire, après ce que vient de démontrer Vladimir Poutine, qu’il ne sera pas tenté de franchir ce nouveau rubicon ? Surtout si il triomphe en Ukraine, qu’il mène à bien son projet d’annexion pacifique de la Biélorussie et qu’il s’empare au passage de la Moldavie. Son ubris aura atteint une taille démesuré. Sa popularité auprès du peuple russe, du moins on peut l’imaginer, sera à son sommet. Obtenir la réunification de Kaliningrad à la Sainte Russie via l’invasion des Pays Baltes lui permettrait de mettre une touche finale à sa promesse de rétablir les frontières de l’empire russe.

Ce scénario peut compter sur la duplicité des États-Unis. Ces derniers ont déjà obtenu ce qu’ils voulaient. La division de l’Europe par un nouveau rideau de fer empêchant tout rapprochement entre les Européens et la Russie. Leur véritable préoccupation c’est la Chine. Dans ces conditions, si ils ne veulent pas transformer leur victoire tactique en défaite stratégique (4) ils ne peuvent pas se permettre une confrontation militaire avec la Russie sur le théâtre européen. C’est pourquoi ils ne s’opposeront pas à une renaissance de l’empire russe. Et c’est une chance pour les Européens de prendre enfin leur destin en main. C’est aux Européens de stopper Vladimir Poutine. Et cela commence dans les plaines de l’Ukraine. Nous devons intervenir militairement auprès des Ukrainiens. Constituons des brigades de volontaires européens, constituons des groupes de mercenaires comme savent si bien le faire les Russes. Armons massivement les Ukrainiens et bannissons la Russie et les citoyens russes de l’ensemble de l’Europe. Rompons toutes relations diplomatiques avec Moscou. Refusons de participer à tout événement qui comprendrait des ressortissants russes (sportif, culturel, économique etc…). Vladimir Poutine en attaquant une nation européenne à commis un crime impardonnable. Il a rompu avec la civilisation européenne. Pour cela il doit être châtié. Sévèrement.

Laurent Dayona

(1) https://europarabellum.com/2020/11/22/leurope-terrain-de-jeu-de-la-nouvelle-guerre-froide/

(2) https://europarabellum.com/2021/11/09/leurope-nechappera-pas-a-lemprise-sino-americaine-qui-provoquera-un-conflit-sur-son-sol/

(3) https://europarabellum.com/2022/01/26/crise-ukrainienne-ce-quemmanuel-macron-et-olaf-scholz-devraient-faire/

(4) https://europarabellum.com/2022/02/25/guerre-en-ukraine-victoire-tactique-americaine-vs-victoire-strategique-chinoise/