Vous avez remarqué que nous n’avons pas immédiatement réagi à l’entretien entre le président français et son homologue russe. Ni le lendemain. Car lorsqu’on ne sait pas, la règle d’or est de se taire. Les médias français feraient bien de méditer là-dessus. Que n’a t’on pas entendu… Était-ce le président français qui se rendait à Moscou ou bien Zorro ? Parfois le doute était permis lorsqu’on entendait les commentaires dithyrambiques de certains journalistes ou « experts » sur les plateaux de télévision. Pour être tout à fait honnête d’autres journalistes et d’autres experts étaient beaucoup plus circonspects quant aux résultats de cette rencontre. Et malheureusement se sont ces derniers qui avaient raison. Je dis malheureusement car il n’y a pas de quoi se réjouir de l’échec du président français.

C’est même inquiétant. Je dois dire que tant la manière avec laquelle Vladimir Poutine a accueilli Emmanuel Macron (l’image terrible de la table) que le ton utilisé lors de la conférence de presse (glacial et incisif) démontre l’agacement voir la colère du président russe a l’égard des Européens. Il apparaît, bien plus que je ne le pensais, que Vladimir Poutine n’attend rien des Européens. Les ponts semblent rompus. Dans ces conditions l’espoir que Français et Allemands puissent porter un plan de paix apparaît plus que jamais comme une chimère. Il faut reconnaître que Paris et Berlin n’ont pas fait preuve d’un grand courage diplomatique. Voir Emmanuel Macron s’entretenir avec le président américain avant de se rendre à Moscou ne constituait pas un signal encourageant d’indépendance dans les négociations avec la Russie. Voir au même moment le chancelier allemand Olaf Scholtz se rendre à la Maison Blanche pour se faire littéralement taper sur les doigts par Joe Biden qui est allé jusqu’à dire qu’il mettrait fin au gazoduc Nord Stream 2 en cas d’invasion de l’Ukraine par la Russie, piétinant ainsi allègrement et en public la souveraineté de Berlin sur le sujet, est un spectacle qui n’a pu que conforter le président russe dans l’incapacité des Européens à s’émanciper de la tutelle américaine et à jouer un véritable rôle de négociateur et de facilitateur dans la crise ukrainienne.

Il se murmure également que Vladimir Poutine a été déçu par la vacuité des propositions d’Emmanuel Macron et par la conviction acquise par le président russe que ce voyage présidentiel français tenait davantage à des raisons de politique intérieure qu’à une réelle volonté d’apporter des solutions diplomatiques et des réponses sur les demandes russes en matière de sécurité vis-à-vis de l’expansion de l’OTAN. Ce qui n’a pas manqué d’accroitre la colère froide de Vladimir Poutine que tous les observateurs ont pu remarquer. Si je devais tirer un seul point positif de cette rencontre c’est qu’il n’a pu échapper à Emmanuel Macron que la non adhésion de l’Ukraine à l’OTAN est non négociable pour Vladimir Poutine. C’est une ligne rouge, un casus belli pour Moscou. Vladimir Poutine a été très clair sur le sujet. Si cette ligne rouge est franchie par les Occidentaux il faudra assumer une guerre. Je suis d’ailleurs surpris que cet avertissement inédit chez le président russe n’ai pas été davantage souligné dans les médias.

Là encore, cette sortie de Vladimir Poutine est inquiétante. Est-ce cette certitude affichée par Vladimir Poutine qui a poussé le dirigeant français à proposer la « finlandisation » de l’Ukraine en échange de l’application des accords de Minsk et du respect par Moscou de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine si l’on en croit certains experts ? Seul problème, mais il est de taille, que vaut la parole d’un Emmanuel Macron ou d’un Olaf Scholtz qui sont incapables de la moindre autonomie vis-à-vis des États-Unis ? Vladimir Poutine semble avoir tranché : pas grand chose.

Laurent Dayona