Il y a loin de la coupe aux lèvres. Tout le monde connaît ce proverbe. Il pourrait servir d’épitaphe aux ambitions européennes d’Emmanuel Macron. Oh, je ne lui jette pas la pierre. J’ai en commun avec le Président de la République de partager la même chimère qui consiste à vouloir édifier une politique de défense européenne autonome. La mienne est même plus ambitieuse puisque je désire y associer la Russie afin d’unifier le continent européen afin qu’il puisse s’émanciper de la tutelle américaine et des prédations chinoises. Il y a le rêve, l’ambition et il y a la réalité. Et lorsqu’on observe les faits le moins que l’on puisse dire c’est que cette réalité est bien cruelle. Rien que pour ces derniers jours les mauvaises nouvelles se sont accumulées.

Avant d’être nommé à la tête de la Banque centrale de Norvège, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a eu le temps de cirer une ultime fois les chaussures de son maître. Il s’est dit inquiet de la sécurité énergétique de l’Europe au regard de son bras de fer avec la Russie. Le chef de l’OTAN a ainsi déclaré avant son départ que l’Europe devait diversifier ses approvisionnements énergétiques. Et vers qui va-t-on se tourner ? Les États-Unis (mais quelle surprise !), le Qatar et l’Azerbaïdjan. Alors là je dis bravo. Au gaz russe bon marché nous allons lui substituer un gaz de schiste américain polluant, beaucoup plus cher et qui va renforcer notre soumission aux intérêts géopolitiques de Washington. Mais comme si cela ne suffisait pas, nous allons nous approvisionner auprès de deux États ennemis de la civilisation européenne. Le Qatar qui favorise l’islamisation de notre continent en finançant les organisations islamistes présentes sur notre sol. Et l’Azerbaïdjan, allié de la Turquie, et qui est en conflit ouvert avec l’Arménie. Nous sommes dirigés par des génies…

Cette semaine a également porté un nouveau coup aux espoirs d’Emmanuel Macron d’édifier une politique de défense européenne autonome. Deux de nos partenaires, l’Allemagne et la Roumanie, ont fait part de leur volonté d’acheter des chasseurs-bombardiers F-35A américains. Un nouvel échec cinglant se profile pour l’industrie européenne de l’armement. Ironie de l’histoire, l’annonce de la Roumanie est survenue quelques jours à peine après l’annonce par la France qu’elle envisageait d’envoyer dans ce pays plusieurs centaines de soldats dans le cadre de la crise ukrainienne. Nous envoyons les soldats et les Etats-Unis touchent les royalties… Magique ! Et si on ajoute à ce tableau déjà bien sombre que cette semaine a également vu le débarquement des troupes américaines d’occupation en Allemagne et en Pologne et l’approfondissement des liens stratégiques et économiques entre la Russie et la Chine on se dit que l’Europe n’a sans doute pas encore touché le fond. En espérant qu’elle ne soit pas obligée de boire le calice jusqu’à la lie.

Laurent Dayona

(*) https://fr.sputniknews.com/20220128/une-flottille-de-tankers-avec-du-gnl-serait-en-route-des-etats-unis-vers-leurope-1054873495.html