Comme nous l’avions écrit dans un article en date du 08 octobre dernier (*) le Premier ministre hongrois a opéré un changement d’alliance pour prendre position en faveur de la Chine dans la nouvelle guerre froide qui se met en place faisant ainsi basculer la Hongrie. Ce changement majeur se fait en toute discrétion. Pourtant, les premiers signes sont visibles. Et spectaculaire ! Ainsi, le 29 janvier le ministre hongrois de la défense, Timor Benke, a déclaré que « La Hongrie ne juge pas opportun, dans la situation actuelle, de déployer des forces supplémentaires de l’OTAN sur son territoire ». Voici un acte de rébellion peu commun dans la période actuelle. Certains se réjouissent en y voyant un signe d’insoumission en faveur d’une indépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis et les prémices d’une politique européenne de défense et de diplomatie autonome. Illusion que tout cela. Viktor Orban et en train de passer d’une soumission à une autre. Se sachant démasquée par Vladimir Poutine dans son jeu trouble dans la crise ukrainienne (**), Pékin a besoin de la Russie, qui y trouve également son intérêt économique, diplomatique et stratégique, pour sauver le soldat Viktor Orban. En effet, ce dernier doit faire face le 08 avril prochain à des élections législatives qui s’annoncent, si l’on en croit les sondages, comme étant très indécises. Par conséquent tout doit être fait pour l’aider à se maintenir au pouvoir. Et quoi de mieux que de permettre à la Hongrie, et donc à sa population, de continuer à bénéficier d’un gaz russe 5 fois moins cher que le prix du marché en Europe comme l’a souligné malicieusement Vladimir Poutine le 01er février ? Ce qui a permis au Premier ministre hongrois d’ajouter le même jour lors de sa visite à Moscou que « La Russie et la Hongrie sont très proches d’un accord sur la fourniture d’un milliard de mètres cubes de gaz supplémentaires ». Voilà une perspective qui ne manquera pas d’avoir des répercussions positives dans l’opinion publique hongroise. Viktor Orban est satisfait. La Russie qui compte sur la poursuite de cette coopération peut espérer sauver son trublion au sein de l’OTAN. Quant à Pékin pour qui la Hongrie est devenue l’un des principaux relais de l’influence et de la propagande chinoise en Europe via les instituts Confucius (déjà au nombre de 5 pour la seule Hongrie !), elle a absolument besoin du maintien au pouvoir de Viktor Orban. C’est pour la Chine le meilleur moyen de s’assurer que le projet chinois de chemin de fer dans le cadre des « nouvelles routes de la soie » qui doit relier le port du Pirée, en Grèce, racheté par des capitaux chinois, à la capitale serbe Belgrade puis à Budapest et de là au reste de l’Europe, soit bien mené à terme. Un candidat de l’opposition plus proche de Washington pouvant faire capoter ce projet. Moscou et Pékin ont donc tout intérêt à marcher main dans la main et il ne serait pas surprenant de voir d’autres initiatives sino-russes en faveur du pouvoir hongrois d’ici le 08 avril 2022.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/10/08/dans-la-nouvelle-guerre-froide-qui-arrive-la-hongrie-bascule-du-cote-chinois/

(**) https://europarabellum.com/2022/01/30/ukraine-le-piege-sino-americain-enfin-demasque-va-t-on-vers-une-desescalade/