Tout d’abord le président français devrait prendre ses distances avec l’attitude provocatrice des anglo-saxons qui consistent à multiplier les menaces. Ce n’est pas ainsi qu’on négocie. Ces rodomontades dignes du café du commerce qu’affectionne particulièrement Emmanuel Macron sont à la fois ridicules et insultantes. Il peut « emmerder » les Français mais je doute que cela fonctionne avec Vladimir Poutine. Cela étant dit, le président français et le chancelier allemand ont une opportunité historique de promouvoir l’indépendance diplomatique et stratégique de l’Europe en négociant avec la Russie. Négociations qui doivent impérativement inclure l’Ukraine et la Géorgie. Le point crucial des négociations repose sur la garantie de sécurité primordiale pour Moscou. À savoir la non-adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’OTAN. Les Russes ne reculeront pas là-dessus. La France et l’Allemagne doivent prendre l’engagement, par écrit, qu’elles s’opposeront à ces adhésions. Si il n’existe pas un droit de véto au sein de l’OTAN comme cela peut exister au Conseil de sécurité de l’ONU, il faut savoir que toutes les décisions à l’OTAN sont prises par consensus. Par conséquent un refus de la France et de l’Allemagne d’une adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie bloquerait automatiquement l’entrée de ces deux pays dans l’Alliance Atlantique. Bien entendu un engagement aussi fort de la part de Paris et Berlin nécessitera une réciprocité de la part de Moscou. De son côté la Russie devra s’engager, également par écrit, à respecter l’intégrité et la souveraineté de l’Ukraine et de la Géorgie. Cela impliquera pour Moscou l’arrêt de son soutien aux séparatistes du Donbass en Ukraine. En Géorgie, la Russie devra s’engager à intercéder auprès des séparatistes Abkhazes et Ossètes afin que ces deux provinces réintègrent la Géorgie quitte à ce que Moscou revienne sur sa reconnaissance d’indépendance de ces deux régions. De son côté l’Ukraine devra s’engager à reconnaître une autonomie au Donbass. La Géorgie faisant de même concernant l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. À l’issue d’un calendrier qui restera à définir, les troupes russes présentes dans ces deux provinces géorgiennes devront réintégrer leurs bases en Russie. En échange d’un statut d’autonomie au Donbass et aux deux régions géorgiennes, les souverainetés de Kiev et de Tbilissi sur ces provinces rebelles seraient rétablies notamment pour le contrôle des frontières, la politique étrangère, la défense ou la justice. Bien entendu un tel processus ne sera pas simple et bien des difficultés ne manqueront pas de surgir. Cependant, il présente l’avantage d’être équilibré tout en tenant compte du rapport de force sur le terrain. Il permettrait à l’Europe de reprendre son destin en main et de s’affranchir de la tutelle anglo-saxonne qui ne cherche pas à résoudre les problèmes mais à les entretenir ou les aggraver. Il est temps pour l’Europe de devenir adulte. Cette crise ukrainienne (et géorgienne) peut lui en donner l’occasion comme elle peut faire entrer Emmanuel Macron et Olaf Scholz dans l’Histoire.

Laurent Dayona