Insulté, caricaturé à l’image de l’immonde couverture de l’hebdomadaire l’Express (ils n’ont pas osé ajouter des cornes, peut mieux faire !), méprisé, le maître du Kremlin garde en toute circonstance un calme olympien. Lui sait que la véritable force ne réside pas dans des démonstrations ridicules, des fanfaronnades télévisuelles ou des rodomontades de fin de banquet. Et cela tombe bien car du calme il doit en faire preuve pour ne pas céder à la tentation. Comme je l’ai écris le 08 décembre dernier (*) Vladimir Poutine ne veut pas envahir l’Ukraine. Et ce n’est pas parce que vos médias disent le contraire que c’est la vérité. Les deux acteurs qui poussent à un tel conflit sont aujourd’hui parfaitement identifiés : la Chine par l’intermédiaire du provocateur biélorusse et les États-Unis par l’intermédiaire des États baltes et d’une frange radicalisée au sein du pouvoir ukrainien. Le but étant de rétablir une frontière au sein de l’Europe et de solidifier chaque camp dans le cadre de la nouvelle guerre froide entre Pékin et Washington. Vladimir Poutine sait tout cela. Il voit le piège s’ouvrir un peu plus chaque jour. Comment résister à la tentation de saisir une proie lorsque vos adversaires vous encouragent à passer à l’acte ? La Russie n’exige en vérité QU’UNE seule chose : la garantie que l’expansion de l’OTAN soit stoppée. Cela nécessite que les candidatures de la Géorgie et de l’Ukraine soient renvoyées ad vitam aeternam. Si Washington voulait sincèrement éviter un conflit il lui suffirait de respecter cette ligne rouge qui n’a rien d’incongrue. Après tout, l’Union Soviétique a su parfaitement comprendre en 1962 que le fait de positionner des missiles à Cuba était parfaitement intolérable pour les Américains. La démocratie américaine en 2022 ne serait-elle pas capable de faire preuve de la même compréhension et de la même sagesse ? Il serait un rien fastidieux de faire la liste de tous les éléments depuis le 1er janvier qui démontrent la volonté des Occidentaux de pousser Moscou à la faute. Mais le simple refus de tenir compte de cette ligne rouge est un indice suffisant à mes yeux. Sans parler du dernier en date, qui a vu dimanche le gouvernement américain ordonner aux familles des diplomates américains en poste à Kiev de quitter le pays. Le personnel local et non-essentiel de l’ambassade étant encouragés à faire de même, tout comme l’ensemble des ressortissants américains résidant en Ukraine. Le laquais britannique s’empressant quelques heures plus tard d’emboîter le pas. Vladimir Poutine ne fondant pas assez vite sur sa proie, ne voilà t’il pas des semaines qu’on nous annonce que l’invasion de l’Ukraine est imminente, les Occidentaux se retrouvent dans l’obligation de maintenir une dramatisation permanente qui tourne au ridicule. Cette évacuation du personnel diplomatique totalement inopportune, ce que n’ont pas manqué de souligner les autorités ukrainiennes, ressemble presque à une invitation. Washington et ses alliés en viendront-ils bientôt à supplier Moscou d’envahir l’Ukraine ? Ou faut-il plutôt escompter sur une provocation qui ne laissera pas le choix au président russe ? Tout est possible. Mais ce qui est certain, c’est que si jusqu’à présent la guerre ne raisonne pas au cœur du continent européen nous le devons uniquement au sang froid de Vladimir Poutine. Pourvu que ça dure comme disait la mère de l’empereur…

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/12/08/la-main-tendue-de-vladimir-poutine-sera-t-elle-saisie/