Gavrilo Princip est le nationaliste serbe qui est l’auteur de l’assassinat perpétré le dimanche 28 juin 1914 contre l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’Empire austro-hongrois, précipitant l’Europe dans l’horreur de la Première Guerre Mondiale. Se pose aujourd’hui la question de savoir si un autre Serbe, également en Bosnie-Herzégovine, va permettre à la Chine communiste de provoquer un conflit sur le continent européen. À ce titre les Balkans sont une zone particulièrement dangereuse qui doit être étroitement surveillée car cette région est composée d’États fragiles et instables en proies à des tensions nationalistes, ethniques et religieuses endémiques. C’est un terrain de jeu idéal pour qui veut exercer une ingérence ou fomenter des troubles. Plusieurs nations peuvent servir de détonateur pour provoquer une nouvelle guerre dans laquelle Chinois et Américains pousseront leurs « champions ». La Bosnie, le Kosovo, la Macédoine du Nord etc… ce ne sont pas les occasions de s’affronter qui manqueront. Ce n’est donc pas un hasard si c’est au cœur de cette région que Pékin a décidé de s’implanter en n’hésitant pas pour cela à piétiner les plates-bandes de la Russie qui se trouve ainsi directement concurrencée par la Chine dans ce qui était considéré il n’y a encore pas si longtemps comme sa zone d’influence naturelle. À savoir la Serbie, le Monténégro et la Macédoine du Nord. Que cela soit dans le domaine de l’exportation des armes, dans celui de l’entretien ou la construction d’infrastructures routières, ferroviaires ou portuaires (dans le cadre du projet de nouvelle route de la soie qui réunit la Grèce, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie et la Hongrie) ou pour l’acquisition d’entreprises stratégiques, la percée chinoise dans l’ancien pré-carré balkanique russe relègue souvent Moscou dans un rôle de spectateur. Ainsi en Serbie la Chine devance désormais la Russie pour les investissements directs à l’étranger (IDE). Une petite révolution. L’offensive est générale et permanente comme le prouve la tournée dans les Balkans du ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, qui a notamment rencontré le 27 octobre Ivica Dačić, président de l’Assemblée nationale de Serbie.

De plus la Chine a de la chance. Elle a trouvé son Alexandre Loukachenko des Balkans. Comme son homologue biélorusse, il présente l’avantage d’être l’homme de paille de deux pays alliés, la Serbie et la Russie, et tout comme son homologue de Minsk il a accepté d’obéir désormais à une autorité supérieure c’est-à-dire la Chine. Je sais que vous allez encore me dire que j’exagère. C’est ce qui m’a été lancé à la figure lorsque j’ai affirmé sur ce blog qu’Alexandre Loukachenko avait été retourné par Pékin. Sauf que le 12 décembre l’ancienne éminence grise de Vladimir Poutine, Gleb Pavlovsky, mettait en garde le président russe contre la trahison d’Alexandre Loukachenko, qui selon lui entraîne constamment la Russie dans des situations désagréables. Logique, puisque c’est la mission que lui a donné la Chine et que je révélais dans mes articles du 08 novembre (*), du 09 novembre (**) et surtout du 11 novembre : « La même autorité qui veut entraîner la Russie dans un conflit permanent avec l’Europe afin de la maintenir sous son contrôle » (***). Cette homme qui est la copie conforme de l’autocrate biélorusse se nomme Milorad Dodik. C’est le leader des Serbes de Bosnie. La République serbe de Bosnie est l’une des deux entités autonomes qui composent la Bosnie-Herzégovine depuis la fin du conflit en 1995 et qui dispose d’une frontière commune avec la Serbie. L’autre entité étant la Fédération croato-musulmane. Or, depuis plusieurs mois Milorad Dodik menace de retirer la république serbe autonome des forces armées, du système judiciaire et fiscal de la Bosnie ce qui équivaudrait à une sécession (****). En dépit des menaces de l’Union européenne, de l’ONU ou des États-Unis, les législateurs serbes de Bosnie ont voté la semaine dernière pour le démarrage du processus. Si celui-ci devait aboutir de nombreux observateurs craignent le retour de la guerre. Malgré ce risque, malgré les menaces économiques et financières occidentales, Milorad Dodik ne cesse de défier la communauté internationale. Dans un entretien le 29 novembre dernier au journal britannique « The Guardian » il s’est moqué des menaces de l’Union européenne de réduire ses financements en affirmant « Je n’ai pas été élu pour être un lâche » et en ajoutant que le soutien de la Chine et de la Russie compenserait aisément les aides européennes et que les sanctions n’auraient d’autres effets que d’accepter les offres d’investissement de la Chine. Il est même allé jusqu’à louer l’attitude du président chinois Xi Jinping qui selon Milorad Dodik ne formule aucune exigence en échange de son aide qu’il résume ainsi « si je peux aider, je suis là ».

À la différence de ce qui se passe avec le Donbass, je pense que Pékin et Moscou ont des intérêts communs dans les Balkans. En Ukraine la Russie, à la différence de la Chine, ne veut pas la guerre pour les raisons que j’ai expliqué dans mon article du 08 décembre (*****). Vladimir Poutine ne s’y résoudra qu’à contrecœur si il voit que sa main tendue est refusée et si il a la certitude que l’objectif de l’OTAN est effectivement d’intégrer l’Ukraine à moyen terme. Dans ces conditions, si un conflit devait éclater en Ukraine et selon le degré d’implication des Occidentaux auprès de Kiev, la Russie pourrait très bien demander à Milorad Dodik de mettre le feu aux poudres. Tant pour faire diversion par rapport à l’Ukraine que pour satisfaire leur allié serbe. Ce qui ne serait pas pour déplaire à Pékin. D’autant plus que la dégradation de la situation risquerait de déborder rapidement du cadre bosniaque. La question albanaise en Macédoine du Nord, dans le sud de la Serbie et bien entendu au Kosovo aurait toutes les chances de revenir sur le devant de la scène internationale suite aux violences en Bosnie. J’ai ouvert ce blog le 07 novembre 2020 pour alerter les Européens du danger qui guette notre civilisation. Pour ne pas avoir su ou pu s’unir pour construire une nation européenne capable de défendre ses intérêts géopolitiques vis-à-vis des autres puissances l’Europe va connaître un avenir dramatique. Pour ne pas avoir voulu saisir la perche tendue par Emmanuel Macron de créer, à tout le moins, une alliance militaire basée sur le principe d’une politique européenne de défense autonome afin de développer une autonomie stratégique indépendante de l’OTAN et capable d’assurer la protection de ses intérêts, l’Europe va connaître un avenir dramatique. En persistant dans sa désunion la civilisation européenne s’est condamnée à devenir le jouet des puissances qui veulent l’asservir par la démographie en s’appuyant sur les vagues migratoires ou l’instrumentaliser en poussant chaque nation européenne à choisir son camp dans la nouvelle guerre froide de dimension mondiale qui oppose la Chine aux États-Unis. C’est pourquoi les Européens doivent absolument réfléchir avant de pousser la Russie dans ses retranchements. Si une guerre devait éclater en Ukraine comme la Chine et les Etats-Unis le souhaitent on doit avoir conscience que nul ne sait jusqu’où ce conflit pourrait entraîner notre continent dans l’abîme. Car si il y une chose sur laquelle Chinois et Américains sont d’accord c’est qu’ils sont prêts à faire la guerre jusqu’au dernier Européen debout.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/11/08/la-bielorussie-et-la-chine-declarent-la-guerre-a-leurope/

(**) https://europarabellum.com/2021/11/09/leurope-nechappera-pas-a-lemprise-sino-americaine-qui-provoquera-un-conflit-sur-son-sol/

(***) https://europarabellum.com/2021/11/11/vous-avez-recu-un-message-chinois/

(****) https://europarabellum.com/2021/09/29/la-bosnie-herzegovine-rejoint-a-son-tour-le-nouveau-grand-jeu-balkanique/

(*****) https://europarabellum.com/2021/12/08/la-main-tendue-de-vladimir-poutine-sera-t-elle-saisie/