Le 07 décembre nous venons de « fêter » les 80 ans de l’attaque japonaise de Pearl Harbor. Durant les diverses commémorations de cette anniversaire personne n’a fait le lien avec ce qui se passe aujourd’hui. Et pourtant les similitudes sont troublantes. Depuis le début de la crise financière en 2008 la situation économique des principaux pays n’a cessé de se détériorer. Car en dépit de ce que vous pouvez lire dans vos journaux ou entendre à la télévision aucun des problèmes soulevés par cette crise n’a été réglé. AUCUN. Nos « responsables » n’ont su faire qu’une seule chose : balayer la poussière sous le tapis pour masquer la gravité de la situation. Le but était de gagner du temps en espérant trouver une solution. Pour louable qu’il fut ce remède a été pire que le mal. Si dans un premier temps faire marcher la planche à billet a pu sauver les entreprises puis les États, il est très vite apparu que cet artifice devenait un engrenage infernal. Une sorte de pyramide de Ponzi à l’échelle mondiale. Stopper le mécanisme revenait à faire monter en flèche les taux d’intérêts et à mettre en faillite de nombreux États. Le poursuivre, ce qui advint faute d’une solution de rechange, revenait à accroître le piège et la dépendance comme l’aurait fait n’importe quelle drogue. Oui, nos États, nos gouvernements et nos économies étaient devenus des drogués de la dette. Puis le covid est apparu. Dans un premier temps on a pu penser que les conséquences seraient minimes. Après tout, les banques centrales n’avaient qu’à poursuivre l’impression de « fausse monnaie » mise en place depuis 2008. Emmanuel Macron pouvait passer à la télévision et pérorer sur le « quoi qu’il en coûte ». La banque centrale européenne n’aurait qu’à imprimer, imprimer et encore imprimer. Quelques milliards d’euros de déficit en plus ou en moins… Mais la pandémie a totalement désorganisé l’économie mondiale. De nombreux produits ou matières premières se sont raréfiés du fait de la perturbation en profondeur des centres de production et des réseaux d’approvisionnement. C’est alors qu’est apparu un spectre que l’on croyait mort et enterré dans les pays occidentaux : l’inflation. Couplé avec une surabondance monétaire, la désorganisation des canaux de distribution a produit un cocktail détonnant pouvant conduire à une déstabilisation massive de l’économie mondiale. Face à ce danger les autorités se trouvent devant un dilemme intenable : accepter de laisser filer l’inflation au risque de pousser des populations déjà à bout à se révolter ou resserrer les conditions financières, autrement dit accepter une remontée des taux d’intérêts en réduisant massivement ou en stoppant la planche à billet, en risquant la déstabilisation du système financier et la faillite de nombreux États. Le piège est en passe de se refermer sur nos apprentis sorciers qui durant plus d’une décennie ont transformé l’économie mondiale en un vaste casino pour ne pas avoir eu le courage en 2008-2009 de couper les branches mortes quand il le fallait. Le monde aujourd’hui est au bord du gouffre car il doit faire face au pire des scénarios. Celui qui voit des États surendettés incapables de faire face à la ruine économique pousser les dirigeants du monde à trouver la solution dans un conflit militaire.

Pour beaucoup nous sommes arrivés au bout de la pyramide de Ponzi. À un point de bascule. La supercherie ne vas pas pouvoir durer bien plus longtemps. Ce qui conduit de nombreux observateurs à estimer que la situation géopolitique devient extrêmement dangereuse. En effet, n’oublions jamais que, contrairement à une légende fausse mais tenace, les États-Unis ne sont pas sortis de la dépression déclenchée par la crise de 1929 grâce au New Deal de Franklin Roosevelt. L’économie américaine est sortie de cette crise historique grâce à la Seconde Guerre Mondiale. Alors, quel sera le nouveau Pearl Harbor qui sauvera le pays le plus endetté au monde ? Difficile à dire. Mais ce qui n’est pas rassurant c’est que les Américains font face aujourd’hui à un rival géopolitique dont l’économie ne se porte guère mieux comme on peut le constater avec l’effondrement du marché immobilier dans l’empire du milieu. Et si demain l’économie chinoise venait à défaillir comment réagirait cette dictature pour maintenir sa cohésion nationale et son emprise sur la population ? On sait que ce genre de régime trouve souvent la solution dans une aventure extérieure. Et lorsqu’on regarde le monde tel qu’il est aujourd’hui on s’aperçoit que les Pearl Harbor potentiels ne manquent pas pour Washington et Pékin. Taïwan et l’Iran bien entendu. Mais en ce qui nous concerne en tant qu’Européens, l’Ukraine et les Balkans peuvent parfaitement convenir pour remplir ce rôle sinistre. Encore une fois tout le monde commet l’erreur de croire que Moscou est à la manœuvre. C’est faux. Vladimir Poutine ne contrôle plus Alexandre Loukachenko. Celui-ci est devenu un électron libre entre les mains de la Chine comme je l’ai démontré dans mes derniers articles (*). Il y a encore 48 heures une information passée quasiment inaperçue est venue conforter cette thèse. Lors d’une réunion en ligne le dictateur de Minsk a exhorté ses partenaires de l’Union économique eurasienne (Russie, Arménie, Kazakhstan et Kirghizistan) à renforcer les relations économiques de l’union avec la Chine. Cette même Chine qui a renouvelé ses menaces contre la Lituanie coupable d’être le pays européen le plus en pointe dans la reconnaissance de Taïwan et membre du projet d’Alliance des démocraties de Joe Biden. Ainsi Pékin vient de demander aux multinationales de rompre leurs relations avec la Lituanie sous peine d’être exclues du marché chinois si elles refusaient de le faire. N’oublions pas que cette volonté de punir Vilnius n’est pas étrangère à la crise migratoire qui a frappé la Lituanie depuis la Biélorussie (**). Autre élément troublant et souvent ignoré par les observateurs, les reproches de la Chine envers l’Ukraine sur sa politique commerciale à l’égard des entreprises chinoises. Pékin reproche à Kiev depuis plusieurs mois de politiser des projets commerciaux en imposant des sanctions aux investisseurs chinois tout en expropriant leurs investissements pour ce que le gouvernement chinois estime être des prétextes infondées. En vérité, la Chine soupçonne les États-Unis de faire pression sur l’Ukraine pour mettre des bâtons dans les roues des sociétés chinoises. Cela a notamment été le cas en janvier dernier lorsque le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a signé un décret imposant des sanctions au groupe Xinwei qui cherchait à prendre le contrôle de la société ukrainienne de moteurs d’avions Motor Sich. Pékin considère désormais le gouvernement ukrainien comme étant hostile à ses intérêts. Aujourd’hui nous ne sommes plus à l’abri d’une déstabilisation orchestrée par Pékin via l’impulsif Alexandre Loukachenko. Soit à destination de l’Ukraine, soit, ce qui serait encore un scénario bien plus dramatique, envers les Pays Baltes. Dans les deux cas de figure la Russie serait entraînée dans un conflit orchestrée par la Chine qui en serait la grande gagnante. Un tel scénario, loin de ses frontières, pourrait lui permettre dans le même temps de « s’occuper » de Taïwan. Le cauchemar des stratèges du Pentagone.

Mais la Chine n’est pas la seule responsable. Les États-Unis poussent également à un conflit. Tous les commentaires que l’on peut lire ou entendre depuis plusieurs jours sur les risques d’une invasion de l’Ukraine par la Russie sont stupides. Vladimir Poutine ne veut pas d’un tel conflit sauf si on pousse Moscou dans ses retranchements et que l’on franchit délibérément les lignes rouges tracées par le Kremlin. À savoir une offensive militaire ukrainienne sur le Donbass, la présence de troupes de l’OTAN en Ukraine ou une adhésion de Kiev à l’OTAN. Et que l’on ne vienne pas me dire que la Russie n’a pas à décider qui a le droit d’adhérer à l’OTAN. Comme toutes les grandes puissances, la Russie a une zone d’influence qu’elle veut préserver. Et quand on voit comment les États-Unis réagissent à l’annonce d’une éventuelle base navale chinoise qu’ils jugent trop proche des côtes américaines alors qu’elle se situe en… Guinée équatoriale, on se dit que la Maison Blanche est très mal placée pour donner des leçons au Kremlin. Or la Maison Blanche a rejeté les demandes de Vladimir Poutine adressées à Joe Biden lors de leur entretient visuel, notamment celle portant sur les garanties de sécurité. La Russie voulait que l’OTAN revienne sur sa promesse de 2008 d’intégrer l’Ukraine et la Géorgie dans son organisation. C’est cette peur de Moscou qui est à l’origine de la crise ukrainienne depuis cette date (***). Rien d’autre. Si les Occidentaux voulaient vraiment apaiser les tensions ils leur suffiraient de promettre que jamais Kiev ne pourrait adhérer à l’OTAN et tout deviendrait possible. Or ils ne le font pas. C’est que Washington, contrairement à ses proclamations, ne recherche pas la paix en Ukraine. Elle veut pousser la Russie à la faute. Elle aussi, tout comme Pékin, a besoin d’un conflit majeur pour régler les conséquences de la crise de 2008 qu’elle ne contrôle plus. Et si Vladimir Poutine ne tombe pas dans le piège, si il résiste à la tentation d’utiliser la force pour régler le problème ukrainien alors il reste une dernière carte aux américains pour trouver leur Pearl Harbor moderne. L’Iran fera parfaitement l’affaire. De plus en plus d’informations circulent sur des préparatifs israéliens et américains pour frapper ce pays suite au blocage des négociations sur le programme nucléaire iranien. Parmi les indices qui indiqueraient qu’il se trame quelque chose la décision cette semaine de mettre fin à la mission de la coalition internationale en Iraq contre l’État islamique dirigée par les États-Unis. Avec dès dimanche le départ de l’armée américaine de sa base dans l’aéroport de Bagdad. Quelque peu précipité non ? On comprend cependant que Washington ne veut pas laisser de GI’S dans le pays si l’Iran devient la cible d’une attaque massive. Les troupes américaines en Iraq seraient des cibles trop faciles pour des représailles.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/11/08/la-bielorussie-et-la-chine-declarent-la-guerre-a-leurope/

(* bis) https://europarabellum.com/2021/11/11/vous-avez-recu-un-message-chinois/

(**) https://europarabellum.com/2021/09/25/ce-qui-se-cache-derriere-la-soudaine-rivalite-entre-la-lituanie-et-la-chine/

(***) https://europarabellum.com/2020/11/12/un-mensonge-recurrent/