Encore une fois tout le monde fait fausse route. Non Vladimir Poutine ne veut pas envahir l’Ukraine. Cela serait une folie et le maître du Kremlin le sait parfaitement. Quant aux accusations qui voudraient que le gouvernement de Kiev provoquent des affrontements avec les séparatistes pour forcer la Russie à intervenir et déclencher ainsi une guerre avec l’OTAN, elles sont toutes aussi ridicules. Kiev sait pertinemment que l’armée ukrainienne n’a pas les moyens de s’opposer sur la durée à l’armée russe et que les États-Unis, au-delà des sanctions économiques, ne s’impliqueraient pas davantage dans un conflit avec Moscou sur le terrain ukrainien. Mais alors qui a donc intérêt à ce que la situation dégénère ? Pour le comprendre il suffit de répondre à ces quelques questions. Qui fait monter la tension depuis plusieurs semaines entre l’Occident et la Russie ? Qui depuis cinq mois attaque l’Europe en envoyant à sa frontière orientale des milliers de migrants majoritairement Iraquiens et Afghans ? Qui a encore répété le 1er décembre qu’il « ne plaisantait pas, qu’il couperait l’approvisionnement énergétique de l’Europe si la Pologne fermait sa frontière » après l’avoir dit en novembre et bien qu’il se soit fait fermement recadrer par le Kremlin ? Qui a accusé il y a quelques jours l’Ukraine d’avoir prétendument violé sa frontière avec un hélicoptère et menacé des pires représailles si cela se reproduisait ? Qui a proposé de se joindre aux forces russes si une guerre éclatait en Ukraine ? Qui jette de l’huile sur le feu 24 heures à peine après la rencontre virtuelle entre Joe Biden et Vladimir Poutine en déclarant que « Le renforcement des forces militaires à la frontière biélorusse par l’Ukraine pourrait conduire à un conflit local » ? La réponse nous la connaissons tous : Alexandre Loukachenko. Dans un article du 11 novembre (*) j’avais expliqué que l’autocrate de Minsk bien qu’allié de la Russie était passé sous le contrôle d’une autre puissance. Puissance qui avait tout intérêt à provoquer un conflit en Europe afin de maintenir Moscou dans le giron de son alliance et pour punir les alliés européens des États-Unis qui avaient eu l’audace de se rapprocher de Taïwan. Entièrement dans les mains de Pékin Alexandre Loukachenko est devenu un facteur de déstabilisation extrêmement dangereux. Pour la Russie, pour les Européens et pour la paix dans le monde. Il est nécessaire de conjurer le danger. Pour cela il est indispensable de donner des garanties à Vladimir Poutine afin qu’il puisse faire le ménage l’esprit tranquille. À commencer par la première d’entre elle. Donner à la Russie ce qu’elle demande et qui n’a rien d’extravagant. À savoir des garanties juridiques que l’OTAN ne cherchera plus à s’étendre à l’Est. Lorsqu’on voit comment Washington vient de s’émouvoir que la Guinée équatoriale puisse accorder à la Chine le droit de construire une base navale dans ce pays sous le prétexte qu’une telle base serait trop proche des côtes américaines, comment peuvent-ils ne pas comprendre que la Russie ne veut pas de l’Ukraine dans l’OTAN ? C’est ce que le président russe a demandé à Joe Biden lors de son entretien. Sera-t-il entendu ? Si oui alors les tensions décroîtront progressivement en Europe de l’Est et Washington pourra se féliciter d’avoir coupé l’herbe sous les pieds de Pékin et de lui avoir ôté un moyen de pression dans son affrontement planétaire. Dans le cas contraire il est fort à craindre que le moment venu Pékin actionnera le pantin de Minsk pour provoquer un conflit en Europe. Au moment où elle le jugera le plus opportun. Comme une attaque sur Taïwan…

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/11/11/vous-avez-recu-un-message-chinois/