Ceux qui suivent la géopolitique très attentivement vous diront que tous les voyants sont en train de virer à l’orange ou au rouge sur le front ukrainien. Kiev et ses alliés occidentaux s’alarment des mouvements de troupes russes aux frontières des deux pays. Les rumeurs d’une intervention militaire de Moscou envahissent les salles d’états-majors à Washington, Bruxelles ou Londres. La Turquie s’est même proposée ces dernières heures comme médiatrice entre la Russie et l’Ukraine. Si vous ajoutez à toute cette effervescence la concentration de troupes biélorusses à la frontière sud avec l’Ukraine et l’annonce d’Alexandre Loukachenko que son pays s’engagerait aux côtés de la Russie en cas de conflit, vous aurez une idée assez juste de la fébrilité qui agite actuellement les capitales occidentales. Mais qu’est-ce qui pourrait pousser Vladimir Poutine à se jeter dans le guêpier ukrainien ? En vérité la Russie aurait tout à perdre. Alors oui, elle remporterait une victoire tactique sur le terrain car l’armée ukrainienne n’est pas en capacité de s’opposer à l’armée russe. Mais sur un plan stratégique Moscou serait perdant. Une guerre avec l’Ukraine serait catastrophique pour l’économie russe, la stabilité intérieure du régime et la position internationale de la Russie. Alors pourquoi prendre un tel risque ? Pour avoir le début d’une réponse il convient de comprendre l’état d’esprit dans lequel se trouve aujourd’hui Vladimir Poutine. Pour cela je vous invite à relire mon article sur le sujet (*). Il faut également comprendre que la Russie est aujourd’hui sous la coupe de la Chine et qu’elle est contrainte par son alliance avec Pékin. Je sais que cette analyse n’est pas partagée par la quasi totalité des spécialistes. C’est justement parce qu’ils n’ont pas la bonne grille de lecture qu’ils se condamnent à ne pas comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Europe. Les mouvements de troupes russes à proximité de l’Ukraine sont, peut-être, l’ultime avertissement de la Chine aux Européens de ne pas s’engager plus en avant aux côtés des Américains dans leur projet d’alliance des démocraties qui visent à monter une coalition internationale contre la Chine. Cela peut-être également une réponse aux événements qui secouent actuellement les îles Salomon dans le Pacifique. Cet archipel fait l’objet d’une politique d’influence très agressive de la part de Pékin. Au point que la population locale qui souffre de la pauvreté et de la faim s’est révoltée contre le gouvernement accusé d’être corrompu et soumis aux intérêts de la Chine. Ce n’est pas un hasard si durant les émeutes meurtrières qui viennent de secouer la capitale, Honiara, le quartier chinois a été totalement détruit. Et ce n’est toujours pas un hasard si les troupes étrangères qui sont intervenus pour ramener l’ordre sont issues de trois pays favorables aux intérêts américains. À savoir l’Australie, les îles Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Inutile de vous dire que les autorités chinoises voient dans ces émeutes une instrumentalisation de Washington pour faire reculer l’influence de Pékin dans cette zone stratégique. Alors quoi de mieux pour marquer son mécontentement que de rendre la pareil dans une zone tout aussi stratégique et d’envoyer un signal limpide aux Américains et aux Européens. Ces derniers doivent comprendre désormais qu’un événement qui se passe dans le Pacifique et qui menace les intérêts chinois peut avoir des répercussions terribles en Europe. Cela porte un nom : l’effet papillon.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/10/28/vladimir-poutine-est-en-plein-desarroi-le-moment-nest-il-pas-venu-de-lui-tendre-la-main/