C’est bien beau d’avoir toujours le cul entre deux chaises mais il arrive un moment ou cet équilibre instable se termine inexorablement de la même manière. C’est-à-dire mal. C’est ce qui se passe actuellement pour le président français au Mali. Pour ne pas avoir su trancher entre deux positions claires, partir ou rester, préférant ménager la chèvre et le chou, Emmanuel Macron se voit bousculé sur la scène locale par la Russie et l’Algérie. En annonçant au printemps dernier une réduction des effectifs français engagés au Mali (de 5.100 à 2.500 soldats) pour début 2022, le président français a mécontenté tout le monde. Le peuple français tout d’abord, majoritairement favorable à un départ des troupes françaises de ce bourbier coûteux et inutile (*). Mais également les autorités maliennes, qui au-delà de l’ingratitude et de l’indécence des propos tenus (**), ont vu dans cette annonce, à tort ou à raison, les prémices d’un désengagement de la France dans le pays. La nature tout comme la géopolitique ayant horreur du vide, Bamako s’est immédiatement tourné vers de nouveaux partenaires capables de compenser le désengagement partiel de la France. D’ou l’appel aux mercenaires du groupe russe Wagner provoquant ainsi la colère de Paris. Pourtant une autre politique était possible.

Si la France s’était rapprochée de la Russie comme le lui dictent ses intérêts, elle n’aurait aucune réticence à déléguer à Moscou une partie de son fardeau africain. Que cela soit au Mali ou ailleurs comme en Libye où l’intérêt commun des deux puissances est de stopper la progression turque dans cette zone stratégique. Un départ du Mali en concertation avec la Russie aurait également du sens dans le cadre du nécessaire pivot stratégique de la France vers la Méditerranée orientale consacré par la signature d’une alliance défensive avec la Grèce le 28 septembre dernier (***). La France n’étant pas l’Amérique, ses moyens militaires limités lui imposent de retirer l’ensemble de ses forces au Mali pour pouvoir effectuer ce pivot stratégique. Concernant l’Algérie voici ce que j’écrivais le 27 mai 2021 « Chasser les Turcs de Libye et laisser carte blanche à l’Algérie au Mali feront davantage pour pacifier ce pays et lutter contre les islamistes que la présence de nos milliers de soldats » (****). Malheureusement pour cela encore aurait-il fallu que notre président puisse avoir une hauteur de vue stratégique qu’il ne possède nullement. Et il arrive aujourd’hui ce qui devait arriver.

Devant l’indécision française on peut observer un rapprochement entre Bamako, Alger et la Russie. Outre les négociations entre le gouvernement malien et le groupe russe Wagner, le mois d’octobre a également vu la Russie inviter six cent soldats algériens en Ossétie du Nord dans le cadre d’une formation militaire dont l’objectif est… la sécurisation du pouvoir malien. Formation au cours de laquelle était également présent des mercenaires de la société Wagner. Le risque existe désormais de voir la France subir une humiliation dans les sables maliens. C’est-à-dire un départ forcé de nos troupes sans tambour ni trompette pour être remplacées par des troupes algériennes et russes. Au lieu d’un départ ordonné, préparé et répondant à une stratégie élaborée en amont avec Alger et Moscou, un départ imposé par des puissances étrangères et la junte militaire de Bamako s’inscrirait dans la longue liste des échecs d’Emmanuel Macron en politique étrangère. Un président français qui s’avère de plus en plus comme étant l’inverse de Jupiter.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2020/12/06/barkhane-et-la-legende-de-luranium-nigerien/

(**) https://europarabellum.com/2021/09/28/se-faire-humilier-sans-reagir-une-malediction-francaise-seconde-partie/

(***) https://europarabellum.com/2021/09/30/la-france-est-elle-en-train-deffectuer-son-pivot-strategique-vers-la-mediterranee-orientale/

(****) https://europarabellum.com/2021/05/27/mali-jusqua-quand/