La journée du 08 novembre restera-t-elle dans l’histoire comme celle qui marquera l’apogée de la crise migratoire qui dure depuis plus de quatre mois aux frontières de la Pologne et de la Lituanie où bien sera-t-elle le point de départ d’une aggravation ? Il est encore trop tôt pour le savoir. En revanche, ce que l’on sait c’est qu’elle marque une mutation. Nous sommes désormais face à une attaque coordonnée, une déclaration de guerre qui ne dit pas son nom, de la part de la Biélorussie et de la Chine à l’encontre des pays européens qui ont choisi de s’engager auprès des Etats-Unis dans la guerre froide qui l’oppose à Pékin . À ce sujet je ne peux que renvoyer à mes derniers articles sur la question (*). Mais de nouveaux éléments sont intervenus qui expliquent la mutation de la crise.

Ces quinze derniers jours la Chine a envoyé plusieurs avertissement à l’Union européenne quant aux relations de cette dernière avec Taïwan. Dès le 22 octobre la Chine a fait part de son mécontentement en déclarant condamner « fortement et s’opposer fermement à un document de position sur Taïwan adopté par le Parlement européen et exhorte les parties concernées à ne pas sous-estimer la ferme résolution, détermination et capacité du peuple chinois à sauvegarder la souveraineté nationale ». Le 26 octobre, la Chine a protesté avec véhémence contre la visite du chef de l’autorité des affaires étrangères de Taïwan, Joseph Wu, en Slovaquie et en République tchèque et le ministère chinois des affaires étrangères a invité ces deux pays « à respecter le principe d’une seule Chine et à ne pas fournir de plate-forme pour les activités sécessionnistes ». Enfin le 05 novembre, le ministère chinois des affaires étrangères s’est insurgé et a exhorté « l’Union européenne à ne pas envoyer de mauvais signaux aux sécessionnistes pour éviter d’affecter les relations entre la Chine et l’Union européenne ». Cette sortie chinoise faisant suite aux déclarations survenues 24 heures plus tôt lors d’une visite d’une délégation du Parlement européen à Taïwan durant laquelle le chef de cette délégation avait déclaré que « La démocratie de Taiwan est un trésor à protéger » promettant de se tenir aux côtés de l’île. Un véritable casus belli pour la Chine communiste.

Nous avons déjà parlé de la réaction de la Chine envers la Lituanie cet été (***). Nous avons vu sa réaction, notamment par l’intermédiaire du quotidien nationaliste chinois « Global Times », spécialisé dans l’actualité internationale et porte-parole non officiel du régime, qui proposait que la Chine se joigne « à la Russie et à la Biélorussie, les deux pays qui bordent la Lituanie, pour la punir ». Avec comme conséquence l’aggravation de la crise migratoire à ses frontières peu de temps après (* bis). Nous sommes aujourd’hui dans la même configuration. La Chine, via son allié biélorusse au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghaï, a décidé de hausser le ton. La Lituanie et la Pologne doivent faire face à une invasion qui est ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre de la Biélorussie et de la Chine. Ce 08 novembre, des milliers de migrants sont escortés par des soldats biélorusses vers la frontière polonaise. Plusieurs soldats biélorusses possèdent des tenailles pour couper les barbelés et menacent les soldats polonais d’ouvrir le feu.

Le porte-parole du gouvernement polonais a déclaré que 3.000 à 4.000 migrants tentent actuellement de franchir la frontière polonaise et que ces attaques sont organisées et qu’elles visent à détruire les fortifications frontalières. Il dénonce également des attaques directes contre des gardes-frontières, des policiers et des soldats. Le ministre letton de la défense quant à lui n’hésite pas à utiliser les termes adéquats pour définir ce qui se passe aujourd’hui : « Il y a une escalade continue de l’attaque hybride biélorusse contre la frontière polonaise. Nous restons unis avec la Pologne et demandons à l’UE et aux pays de l’UE de soutenir la Pologne en ces heures difficiles. La Pologne, la Lituanie et la Lettonie défendent également vos intérêts et votre frontière ». Quant au ministre lituanien de l’intérieur, devant l’aggravation de la situation, il a proposé de déclarer l’État d’urgence à la frontière avec la Biélorussie.

Pendant ce temps en Europe occidentale c’est… silence radio bien que notre frontière soit attaquée par la vague migratoire qui n’existe pas selon Emmanuel Macron. Et quand je parle d’attaque et d’invasion il suffit d’observer l’attitude de ces migrants pour comprendre que ce n’est nullement exagéré. Est-ce l’attitude de réfugiés ? De demandeurs d’asile ? Non, ils viennent en conquérants.

Je note qu’ils scandent « Allemagne, Allemagne ». Sans doute le souvenir de la décision catastrophique d’Angela Merkel d’ouvrir grandes les frontières aux vagues migratoires de 2015. Mais je note également que les pays directement visés par cette offensive (Lituanie, Pologne, Allemagne) qui vise à les déstabiliser sont des pays européens s’étant déclarés favorables à intégrer « L’alliance des démocraties » de Joe Biden. Alliance qui a pour objectif de contenir l’expansionnisme chinois en Asie. Quoi qu’il en soit, ces forces polonaises sont aujourd’hui le rempart de l’Europe. Elles protègent notre sécurité. Qu’elles viennent à céder et un message terrible sera adressé à l’ensemble du monde : « L’Europe est à prendre ». Il devient urgent que les dirigeants européens se ressaisissent. Ils doivent soutenir par des mesures concrètes, et non par des belles paroles, les autorités lituaniennes et polonaises et prendre rapidement des sanctions contre les deux pays agresseurs que sont la Biélorussie et la Chine. Il y va de notre sécurité et de notre crédibilité. Aujourd’hui, la Chine teste ses capacités de déstabilisation de l’Europe. Demain elle risque de passer aux affaires sérieuses grâce aux alliances qu’elle nouent avec les forces islamistes les plus rétrogrades de la planète (****).

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/11/01/ne-detournons-pas-le-regard/

(* bis) https://europarabellum.com/2021/10/22/la-chine-est-elle-derriere-laccentuation-de-la-crise-migratoire-en-lituanie-et-en-pologne/

(***) https://europarabellum.com/2021/09/25/ce-qui-se-cache-derriere-la-soudaine-rivalite-entre-la-lituanie-et-la-chine/

(****) https://europarabellum.com/2021/10/26/islamisme-et-chine-une-alliance-contre-leurope/