J’ai expliqué à de très nombreuses reprises (voir mes précédents articles à ce sujet *) les raisons de l’impuissance de l’Europe envers les actes d’hostilité de l’autocrate de Minsk contre l’Union européenne. Mais comme la répétition est la marque de fabrique des hommes qui ont des convictions je vais recommencer. Les médias européens ressortent constamment le poncif d’un pouvoir russe qui s’opposerait à ce que tout pays appartenant à sa sphère d’influence puisse se rapprocher de l’Union européenne. Et de nous rappeler qu’il en fut ainsi en Ukraine en 2014. Mais nos journalistes en écrivant cela manipulent les faits. Si Vladimir Poutine s’oppose en effet à tout rapprochement de l’Ukraine ou de la Biélorussie avec Bruxelles ce n’est pas par opposition à la famille européenne. Si Moscou trace une telle ligne rouge c’est uniquement à cause du corollaire qui accompagne toute adhésion à l’UE qui veut que cela se finisse par une appartenance à…. l’OTAN. Contrairement à ce qu’écrivent les journalistes, et ils le savent très bien, les crises militaires survenues en Géorgie ou en Ukraine découlent uniquement des perspectives d’adhésion de ces pays à l’Alliance Atlantique. Si les Européens n’étaient pas soumis militairement et géopolitiquement aux intérêts de Washington, la Russie n’appréhenderait pas toutes ces crises de la même manière. Il faut faire preuve d’une mauvaise foi évidente pour prétendre le contraire.

Ainsi, le seul moyen qu’auraient les Européens pour punir Alexandre Loukachenko serait de négocier directement du sujet avec Vladimir Poutine. De puissance indépendante à puissance indépendante. Et là le petit autocrate de Minsk se ferait dessus. En attendant que les Européens deviennent adultes et tant qu’ils resteront soumis aux intérêts stratégiques de Washington et s’en remettront aux Américains pour assurer leur défense, ils se condamneront à n’être que des perroquets inaudibles par la Russie. Les Européens pourront prendre toutes les sanctions qu’ils voudront contre la Biélorussie, s’indigner, protester, trépigner, cela ne restera qu’une comédie indigne synonyme d’une impuissance volontaire. Car si Alexandre Loukachenko se permet d’agir aussi impunément sans se soucier le moins du monde des réactions européennes c’est qu’il sait qu’il peut compter sur le soutien inconditionnel que lui accorde la Russie. Et pourquoi ce soutien ? Parce que Moscou préférera toujours soutenir un autocrate qui se comporte en allié, aussi imprévisible soit-il, plutôt que de voir un pays frontalier tomber entre les mains de l’OTAN. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Tant que l’Union européenne sera perçue comme la porte d’entrée de l’OTAN la Russie refusera de composer avec les Européens.

Nous avons eu ces derniers jours une éclatante confirmation du mépris de la Russie pour les protestations de Bruxelles concernant la crise migratoire instrumentalisée par Minsk aux frontières de la Pologne et de la Lituanie. Non seulement Vladimir Poutine refuse ostensiblement d’intervenir pour mettre la pression sur son allié afin qu’il stoppe ses agissements mais de surcroît il lui réaffirme son soutien indéfectible. Ainsi, constatant que l’OTAN renforçait son infrastructure militaire près des frontières de la Russie et de la Biélorussie, Moscou et Minsk se sont mis d’accord pour prolonger le déploiement d’installations militaires russes sur le territoire de la Biélorussie à Baranovichi et Vileika. Cet accord n’est pas une surprise en soi puisque Alexandre Loukachenko avait déclaré que la Biélorussie se transformerait en base militaire russe en cas d’agression de l’OTAN. En pendant ce temps là les migrants continuent de pouvoir franchir la frontière polonaise avec l’assentiment des forces biélorusses qui non contente de laisser faire ou de leur donner des treillis militaires n’hésitent pas à ouvrir le feu sur les gardes frontières polonais comme cela s’est produit il y a quelques jours.

Le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, a déclaré à propos de la crise migratoire à la frontière polono-biélorusse : « Nous sommes tous convaincus que la clé pour résoudre le problème se trouve à Moscou ». Il se trompe. Moscou c’est la serrure. Et malheureusement la clé n’est pas détenue par les Européens mais par les Américains. Qu’il s’agisse du dossier biélorusse ou Ukrainien les Européens ont les mains ligotées par Washington. Bruxelles le sait. Moscou le sait. Depuis ce jour de 2014 ou la secrétaire d’État adjointe, chargée de l’Europe, Victoria Nuland a lancé à l’ambassadeur américain en Ukraine son fameux « Que l’UE aille se faire foutre », TOUT LE MONDE le sait. Rien d’étonnant donc à ce que la Russie ai proposé il y a quelques jours d’inclure les USA dans le « format Normandie » sur les négociations avec l’Ukraine. Refus indigné de la France et de l’Allemagne. Provocation de Moscou ? Non, la Russie sait qu’il vaut mieux s’adresser au maître qu’à ses laquais. Cela résume l’impuissance de l’Europe et démontre le mépris russe envers Bruxelles. La crise migratoire aux frontières polonaises et lituaniennes n’est pas prête de se terminer.

Laurent Dayona

(*) Il suffit de taper le mot Biélorussie dans la barre de recherche de notre blog.