Je sais que j’ai tendance à me répéter mais je ne cesserais pas de le faire tant que les Européens ne comprendront pas le drame qui se profile. Pour ne pas avoir su ou pu s’unir pour construire une nation européenne capable de défendre ses intérêts géopolitiques vis-à-vis des autres puissances l’Europe va connaître un avenir dramatique. Pour ne pas vouloir saisir la perche tendue par Emmanuel Macron de créer, à tout le moins, une alliance militaire basée sur le principe d’une politique européenne de défense autonome afin de développer une autonomie stratégique indépendante de l’OTAN et capable d’assurer la protection de ses intérêts, l’Europe va connaître un avenir dramatique. En persistant dans sa désunion la civilisation européenne s’est condamnée à devenir le jouet des puissances qui veulent l’asservir par la démographie en s’appuyant sur les vagues migratoires ou l’instrumentaliser en poussant chaque nation européenne à choisir son camp dans la nouvelle guerre froide de dimension mondiale entre la Chine et les États-Unis (*)

À ce sujet l’échec, provoqué (**), du sommet entre l’Union européenne et les pays des Balkans occidentaux qui s’est déroulé le 06 octobre en Slovénie est tout simplement catastrophique. En refusant d’accorder aux pays concernés (la Serbie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord, le Kosovo et l’Albanie) une perspective d’intégration d’ici à 2030, les Européens ont choisi de désespérer ces nations et de les pousser toujours davantage dans les bras de puissances étrangères qui occupent la place laissé libre par les Européens. Le Premier ministre autrichien, Sebastian Kurz, avant qu’il ne soit forcé à démissionner quelques jours plus tard, avait mis en garde ses partenaires en affirmant fort justement : « Si l’Union européenne n’offre pas à cette région une véritable perspective, nous devons être conscients que d’autres superpuissances – la Chine, la Russie ou la Turquie – joueront là-bas un rôle plus important. Cette région appartient géographiquement à l’Europe et a besoin d’une perspective européenne ».

Dans les puissances déstabilisatrices il aurait pu également ajouter les États-Unis qui exercent une grande influence en Bosnie, au Kosovo, en Albanie ou au Monténégro. Dans toute cette partie de l’Europe, à l’équilibre précaire, l’Union européenne refuse de jouer son rôle de puissance unificatrice et pacificatrice pour laisser le champ libre à des forces étrangères qui alimentent les tensions ethniques, et religieuses. C’est un crime dont nous paierons les conséquences ultérieurement. Alors que nous détournons le regard de cette région, la Chine et les États-Unis et dans une moindre mesure la Russie et la Turquie, s’emparent des économies et des infrastructures nationales de ces pays pour en faire le théâtre d’un affrontement économique, culturel et géopolitique avant qu’il ne devienne militaire. C’est un processus inéluctable. Désunies, toutes les nations européennes, à commencer par celles-des Balkans, sont condamnées à choisir leur camp et à devenir de simples pions sur le vaste échiquier mondial de la nouvelle guerre froide. Et un pion cela sert avant tout à être sacrifié.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2020/11/22/leurope-terrain-de-jeu-de-la-nouvelle-guerre-froide/

(**) https://europarabellum.com/2021/10/08/les-etats-unis-ont-ils-sabote-le-sommet-europeen-sur-les-balkans/