Le sommet entre l’Union européenne et les pays des Balkans occidentaux s’est à peine conclu le 06 octobre sur un échec (*) que déjà les conséquences de cet abandon de la région par l’Europe se font sentir. Dès le 08 octobre le leader des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, a renouvelé sa promesse (**) que la république serbe de Bosnie (la Republika Srpska) allait prochainement se soustraire à l’autorité centrale de Bosnie-Herzégovine concernant les questions régaliennes de défense, d’administration fiscale et de justice. Le représentant croate à la présidence collégiale du pays, Zeljko Komsic, a immédiatement qualifié la menace « d’acte criminel de rébellion ». Milorad Dodik a affirmé que la création d’une armée serbe indépendante des institutions fédérales de Bosnie-Herzégovine ferait l’objet d’un vote au parlement de la Republika Srpska. Celui-ci pourrait intervenir dans « les prochains jours » et l’armée de la Republika Srpska pourrait être mise en place « d’ici quelques mois » a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse à Banja Luka, la « capitale » de l’entité serbe de Bosnie. Ce n’est pas la première fois que le leader des Serbes de Bosnie agite cette menace ainsi que la sécession de la Republika Srpska du reste de la Bosnie-Herzégovine. Il est de toute façon inimaginable qu’il puisse agir sans le consentement de Belgrade et au-delà de celui de Moscou ou de Pékin. Il est possible que la Russie et la Chine cherchent à tester la volonté de la communauté internationale, et surtout celle des États-Unis, pour qui l’accomplissement des menaces du leader serbe constituerait un véritable camouflet diplomatique. Un tel acte serait également propice à une remise en cause des frontières dans tous les Balkans. Un jeu des dominos lourd de menaces et de conflits potentiels.

La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Washington faisant comprendre à Moscou et Pékin qu’elle avait également les moyens de déstabiliser la région. Ainsi, le 09 octobre le Premier ministre albanais, Edi Rama, lâchait une petite bombe en affirmant dans une émission télévisée que l’objectif de sa carrière politique était d’unir l’Albanie au Kosovo : « Dois-je être le président de l’Albanie et du Kosovo ? Ce n’est pas dans mes plans. Mais l’unification de l’Albanie avec le Kosovo, oui. C’est une aspiration ». La Russie n’a pas tardé à réagir par la voix de la directrice de l’information du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova : « Nous considérons que la déclaration du Premier ministre albanais Edi Rama sur l’unification de l’Albanie et du Kosovo est totalement inacceptable (…) La promotion des plans pour la création de la «Grande Albanie» contredit grossièrement les dispositions de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU et compromet la stabilité dans la région». Moscou s’étonnant au passage du silence des capitales occidentales sur la provocation albanaise. Le président serbe, Alexandre Vusić, s’est également étonné du silence de l’Union européenne avant de menacer : « Puisque tout le monde est silencieux sur la « Grande Albanie », la Serbie doit s’exprimer. Tout ce qui est autorisé aux Albanais ne sera pas interdit aux Serbes ». Il est vrai que la presse européenne à l’exception de la presse espagnole, dont le pays refuse de reconnaître l’indépendance du Kosovo, s’est faite très discrète sur la sortie du Premier ministre Albanais. Et ce n’est certainement pas un hasard si dès le 11 octobre le ministre serbe de l’Intérieur, Aleksandar Vulin, annonçait l’achat imminent d’équipements et d’armes russes à la pointe de la technologie pour l’armée et la police avec notamment la livraison d’ici la fin de l’année de missiles guidés antichars Kornet. De son côté l’Albanie a récemment fait part de son intérêt pour acheter les drones turcs Bayraktar TB2 qui ont fait leur preuve lors de la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. On assiste ainsi à une lente montée des tensions dans la région où tous les acteurs renforcent leurs armées en prévision d’un prochain conflit.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/10/12/le-dramatique-abandon-des-balkans-occidentaux-par-leurope/

(**) https://europarabellum.com/2021/09/29/la-bosnie-herzegovine-rejoint-a-son-tour-le-nouveau-grand-jeu-balkanique/