Dans un article publié le 21 septembre dernier (*) je m’interrogeais sur ce qui avait bien pu provoquer la réaction épidermique du Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, dans la mesure ou elle apparaissait soudaine et décalée (**). Sa décision fit monter la tension entre Belgrade et Pristina durant près de dix jours à tel point que les capitales européennes craignirent l’éclatement d’un nouveau conflit dans la région (***). Mais n’était-ce pas le but recherché par le commanditaire derrière cette crise inopinée ? Il faut bien comprendre que le Kosovo est une « créature » américaine et qu’elle abrite la plus grande base militaire des États-Unis en Europe. Le Kosovo peut-être considérée comme un protectorat américain au cœur de notre continent. Le professeur de sciences politiques à l’université Lille II, Loïc Trégourès, ne dit pas autre chose lorsqu’il déclare : « L’arbitre suprême, c’est l’ambassadeur des Etats-Unis. Tout le monde sait que les Américains commandent au Kosovo » (****). Et pour cause, la population et les autorités du pays n’ont jamais oublié qu’elles doivent leur indépendance à l’oncle Sam. Dans ces conditions, difficile d’imaginer que les autorités de ce petit pays extrêmement fragile et totalement dépendant de son parrain américain puissent agir en toute indépendance notamment lorsque leurs décisions touchent au fragile équilibre géopolitique dans la région et que leurs actions risquent de déboucher sur une nouvelle guerre.

Or cette crise soudaine s’est déroulée entre le 20 et le 30 septembre. C’est-à-dire quelques jours à peine avant le sommet entre l’Union européenne et plusieurs nations des Balkans qui s’est tenu en Slovénie le 06 octobre. Les relations tendues entre la Serbie et le Kosovo sont souvent présentées comme la principale justification par les Européens pour retarder l’intégration des nations des Balkans occidentaux (Serbie, Kosovo, Monténégro, Macédoine du Nord et Albanie) au sein de l’Union européenne. Inutile de vous dire que le brutal accès de fièvre à la frontière serbo-kosovare fin septembre a refroidi les Européens favorables à cette intégration et a conforté les autres qu’il était urgent d’attendre. Le sommet c’est donc conclu sur un échec, les pays membres de l’UE étant incapables de s’engager sur une perspective d’intégration des Balkans occidentaux d’ici à 2030. Comme souvent il convient de se demander à qui profite le crime ? Les États-Unis, ce n’est un secret pour personne, n’ont jamais vu la Serbie autrement que comme un satellite de Moscou qu’il fallait affaiblir au profit des autres pays de la région. Mais à cela vient s’ajouter aujourd’hui un autre paramètre. L’influence de Pékin en Serbie dans bien des domaines, comme l’armement ou les infrastructures, rivalise ou dépasse celle de la Russie. La Serbie, tout comme la Hongrie, sont aujourd’hui des chevaux de Troie de la Chine en Europe. Les États-Unis n’ont nullement envie de voir Belgrade, ou même Skopje, intégrer l’Union européenne quitte à instrumentaliser les tensions ethniques et religieuses dans la région.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/09/21/la-lente-montee-des-tensions-dans-les-balkans-prefigure-t-il-un-affrontement-sino-americain-en-europe/

(**) Le Premier ministre du Kosovo a présenté sa brusque décision comme une mesure de réciprocité car les véhicules kosovars doivent changer leurs plaques à l’entrée en Serbie. Cela est vrai mais c’est le cas… depuis 2011 ! On ne lui fera pas l’injure de croire qu’il l’a découvert dix ans après.

(***) https://europarabellum.com/2021/09/29/breaking-news-bruits-de-bottes-sur-la-frontiere-entre-la-serbie-et-le-kosovo/

(****) https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/le-kosovo-sous-l-aile-protectrice-de-l-ami-americain_1987156.html