Incapable de s’unir ou de s’émanciper de la tutelle des États-Unis pour assurer leur protection, les nations européennes se condamnent à devoir choisir leur camp dans la guerre froide qui s’installe entre Washington et Pékin. Si le Royaume-Uni, le Danemark ou plus récemment la Lituanie (*) ont choisi le camp américain, la Hongrie vient de basculer du côté chinois. Viktor Orban est persuadé que l’Europe occidentale en pleine submersion démographique est condamnée à disparaître. En se tournant vers la Chine et en ménageant la Russie il pense ainsi acheter une assurance-vie à son pays. Il se trompe lourdement. La Chine ne voit en Budapest qu’un pion qu’elle utilisera dans son bras de fer contre les États-Unis et sacrifiera allègrement si le besoin s’en faisait sentir. D’autre part, le destin des Européens est lié. Croire que si l’Europe occidentale s’écroule, l’Europe orientale pourra lui survivre est d’une naïveté confondante. Les problèmes des uns sont les problèmes des autres. Si les uns meurent, les autres suivront. Cela ne sera qu’une question de temps. Malheureusement, Viktor Orban adepte d’un nationalisme étriqué est passé avec armes et bagages du côté chinois sans se rendre compte qu’il fait ainsi le jeu des deux puissances qui fourbissent leurs armes.

Dans cette guerre la Hongrie va devenir une cible pour Washington. Tout comme le Danemark et la Lituanie sont désormais des cibles pour Pékin. En attendant, la Chine tisse sa toile en Hongrie et dans les Balkans. Le Premier ministre hongrois a donné au début 2021 son autorisation pour l’implantation dans la capitale hongroise en 2024 d’un campus de l’université Fudan de Shanghaï qui accueillera 6.000 étudiants ce qui en fera la première université de ce genre en Europe. Devant la mobilisation d’une partie de l’opinion publique, qui a manifesté son hostilité à ce projet, Viktor Orban a cependant concédé un référendum sur le sujet à l’horizon 2023. En revanche, Budapest accueille déjà cinq instituts Confucius. Ces centres qualifiés de « culturels » sont en réalité des relais de l’influence et de la propagande chinoise. À cela s’ajoute le projet chinois de chemin de fer dans le cadre des « nouvelles routes de la soie » qui doit relier le port du Pirée, en Grèce, racheté pour une période de 99 ans en 2016 par des capitaux chinois, à la capitale serbe Belgrade puis à Budapest et de là au reste de l’Europe. La Serbie est devenue un cheval de Troie des ambitions chinoises en Europe mais elle a des excuses et cela fera l’objet de mon prochain article. En revanche, rien n’obligeait la Hongrie à faire une danse du ventre indécente à Pékin.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.com/2021/09/25/ce-qui-se-cache-derriere-la-soudaine-rivalite-entre-la-lituanie-et-la-chine/