Depuis le mois d’août l’autocrate de Minsk, Alexandre Loukachenko, a déclaré la guerre à l’Union européenne (*). Son objectif est de punir la Lituanie et la Pologne qui accueillent et protègent les opposants biélorusses. Pour ce faire il utilise l’arme migratoire. Il encourage les migrants afghans qui traversent son pays en leur facilitant le passage vers les pays de l’Union européenne. Les garde-frontières biélorusses n’hésitent pas à donner des uniformes militaires aux étrangers qui campent à proximité de leurs baraquements (photo). Mais surtout, des agences de voyages recrutent des migrants en Iraq puis les acheminent à Minsk par avion d’où ils sont amenés sur la frontière qu’ils traversent en direction de la Lituanie. Le tout avec la bienveillance pour ne pas dire la complicité active des autorités biélorusses. Puis est survenu un autre facteur pour expliquer cette soudaine poussée migratoire. En conflit diplomatique et commercial avec la Lituanie (**) un quotidien nationaliste chinois « Global Times », très influent, avait proposait le 11 août que la Chine se joigne « à la Russie et à la Biélorussie, les deux pays qui bordent la Lituanie, pour la punir ». La Biélorusse étant membre de l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS), Alexandre Loukachenko semble avoir parfaitement reçu le message et l’applique à la lettre quitte à l’étendre à la Pologne. En effet, depuis quelques jours la situation ne cesse de s’aggraver à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Le 27 septembre 339 tentatives de franchissement illégal de la frontière polono-biélorusse ont été enregistrées, 15 immigrants illégaux d’Iraq ont été arrêtés. Le 28 septembre a constitué une journée record puisqu’il a été enregistré 473 tentatives de franchissement illégal de la frontière.

Les gardes-frontières ont pu empêcher toutes les tentatives. Mais jusqu’à quand ? Pour le moment la seule réaction de l’Union européenne a été de vouloir imposer à la frontière polono-biélorusse ses agents appartenant au corps européen des gardes-frontières (Frontex). Afin d’aider la Pologne à repousser les clandestins ? Vous n’y pensez-pas… Non, Bruxelles s’inquiète du sort des migrants dont quatre d’entre eux viennent de mourir de froid dans le no man’s land entre les frontières polonaises et biélorusses. L’UE trouve la position de Varsovie trop rigide et trop ferme. La situation semble être dans une impasse. D’autant plus que le moyen le plus efficace qu’auraient les Européens pour punir Alexandre Loukachenko serait de négocier directement du sujet avec Vladimir Poutine. Mais ce canal est fermé à cause des sanctions économiques contre Moscou et de la soumission des États européens aux intérêts géopolitiques des États-Unis. Qu’est-ce qui fait qu’Alexandre Loukachenko se permet d’agir aussi impunément sans se soucier le moins du monde des réactions européennes ? Le soutien inconditionnel que lui accorde la Russie. Et pourquoi ce soutien ? Parce que Moscou préférera toujours soutenir un autocrate qui se comporte en allié, aussi imprévisible soit-il, plutôt que de voir un pays frontalier tomber entre les mains de l’OTAN. Tant que les Européens resteront soumis aux intérêts stratégiques de Washington et s’en remettront aux Américains pour assurer leur défense, ils se condamneront à n’être que des perroquets inaudibles par Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko pourra agir à sa guise.

Depuis quelques jours on observe la même situation en Libye. Les départs de ce pays à destination de l’Europe sont en fortes hausses. Ainsi, depuis le début de l’année 44.800 migrants ont déjà débarqué sur les côtes italiennes, en provenance essentiellement de Tunisie, du Bangladesh et d’Egypte, contre 23.517 l’année dernière. Soit près du double alors que nous ne sommes que fin septembre. Et la situation ne semble pas vouloir s’améliorer puisque dans la nuit du 27 au 28 septembre un navire parti des côtes libyennes et transportant 686 clandestins a accosté sur l’île italienne de Lampedusa. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) « Il s’agit du plus grand nombre de personnes arrivées sur un seul et même bateau en 2021. De tels chiffres, pour une seule arrivée, n’avaient pas été enregistrés depuis le mois d’août 2016. ». Faut-il s’en étonner ? Absolument pas. Cela était parfaitement prévisible (***). Au lieu de dépenser chaque année 600 millions d’euros pour que les troupes françaises s’enlisent dans les sables du Mali, il aurait été bien plus utile pour la défense de notre sécurité et de nos intérêts géopolitiques que nous les utilisions pour combattre la présence turque en Libye. Laisser Recep Tayyip Erdogan s’installer sur le flanc sud de l’Europe était une pure folie. Cela revenait à laisser entre les mains de cet islamo-nationaliste et de ses alliés libyens la route migratoire africaine à destination de l’Europe et qui passe principalement par la Libye. Ayant déjà la main, de part la position géographique de son pays, sur la route migratoire asiatique à destination de l’Europe, celui-ci dispose désormais de tous les leviers lui permettant d’exercer un chantage permanent sur l’Europe en menaçant d’ouvrir les vannes migratoires quand bon lui semble. Les Européens n’ont pas fini de payer le prix de leur inaction vis-à-vis de Recep Tayyip Erdogan.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.wordpress.com/2021/08/05/alexandre-loukachenko-a-declare-la-guerre-a-lunion-europeenne/

(**) https://europarabellum.wordpress.com/2021/09/25/ce-qui-se-cache-derriere-la-soudaine-rivalite-entre-la-lituanie-et-la-chine/

(***) https://europarabellum.wordpress.com/2020/12/13/le-moment-est-venu-pour-les-europeens-de-stopper-erdogan/