Lorsque j’avais écrit en novembre dernier mon article (*) sur le danger pour l’Europe de devenir le théâtre d’un affrontement de la nouvelle guerre froide opposant les États-Unis à la Chine, je ne pensais pas que les événements s’accéléraient à ce point. Cette confrontation semble prendre forme dans les Balkans qui depuis quelques semaines voient s’accumuler les tensions. Ce fut d’abord le cas au Monténégro (**) dans la première quinzaine de septembre. Puis, depuis quelques jours, le nord du Kosovo est le centre de toutes les attentions avec une montée des périls à la frontière entre la Serbie et son ancienne province (***). Voilà maintenant que c’est au tour de la Bosnie-Herzégovine d’entrer dans cette spirale dangereuse. On apprenait lundi soir que le chef politique des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, avait l’intention de proposer dans quelques jours la création « de l’armée de la Republika Srpska, dans un délai de quelques mois ». La Republika Srpska est l’une des deux entités autonomes qui composent la Bosnie-Herzégovine depuis la fin du conflit en 1995 et qui dispose d’une frontière commune avec la Serbie (photo). L’autre entité et la Fédération croato-musulmane.

Si ce projet devait voir le jour cela signifierait que les Serbes de Bosnie se retireraient de l’armée commune bosniaque et que le rôle futur de cette armée communautaire serait probablement de défendre l’entité serbe de Bosnie dont Milorad Dodik souhaite régulièrement l’indépendance. Cette sortie du leader des Serbes de Bosnie a suscité une réaction immédiate de la part du président du collège présidentiel de Bosnie-Herzégovine, Zeljko Komsic, qui a déclaré que cette annonce s’apparentait à « un acte criminel de rébellion ». Quant au Haut-Représentant des Nations Unies pour la Bosnie-Herzégovine, l’Allemand Christian Schmidt, il a affirmé qu’en aucun cas il ne permettra le redécoupage des frontières de la Bosnie-Herzégovine, dont l’intégrité territoriale est garantie par l’Accord de paix de Dayton et le droit international. Il est difficile de ne voir dans cette sortie de Milorad Dodik qu’une simple coïncidence alors que la région est plongée en pleine crise dans le nord du Kosovo. Difficile également de ne pas voir la main de Belgrade. Si rien ne se passe au Kosovo sans l’assentiment des Américains, rien ne se passe dans la république serbe de Bosnie sans l’aval de la Serbie. Et derrière la Serbie nous avons Moscou… et Pékin.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.wordpress.com/2020/11/22/leurope-terrain-de-jeu-de-la-nouvelle-guerre-froide/

(**) https://europarabellum.wordpress.com/2021/09/12/le-montenegro-au-coeur-de-laffrontement-sino-americain/

(***) https://europarabellum.wordpress.com/2021/09/25/breaking-news-bruits-de-bottes-sur-la-frontiere-entre-la-serbie-et-le-kosovo/