Dans ces conditions pourquoi respecter une nation qui se laisse humilier sans réagir ? C’est peut-être ce que s’est dit le Premier ministre du Mali, Choguel Kokalla Maïga, qui a fait preuve samedi d’une rare audace et ingratitude lors de son discours à la tribune de l’ONU en accusant la France d’un « abandon en plein vol » de son pays. Et ça, le jour même ou on apprenait la mort d’un soldat français au Mali portant le total des pertes françaises à 52 soldats. Bonjour l’indécence ! Il faisait allusion à la diminution des effectifs de la force Barkhane annoncé par Emmanuel Macron et qui sera effectif d’ici au début de 2022. Mais contrairement à ce que dit ce cuistre il ne s’agit nullement, hélas, d’un abandon puisque le président français a annoncé le maintien de 2.500 à 3.000 militaires au Sahel, contre environ 5.100 hommes actuellement. La France ne se retire pas du Mali et encore moins du Sahel mais redéploie ses troupes. En vérité, cette sortie fort peu diplomatique du Premier ministre malien résulte d’un différent entre Bamako et Paris au sujet d’une éventuelle arrivée des mercenaires russes du groupe Wagner pour remplacer les soldats français qui quitteront le nord du Mali. En visite dans ce pays le 20 septembre la ministre française de la défense, Florence Parly, a affirmé que « la force française Barkhane ne peut pas cohabiter avec des mercenaires ». Ce à quoi les autorités maliennes ont répliqué que « Le Mali est une nation souveraine, libre de contracter avec qui il veut ».

Il n’en fallait pas plus pour que se déverse une nouvelle fois dans les médias maliens un torrent de critiques acerbes et mensongères contre la France. Voici ce qu’on pouvait lire par exemple le 21 septembre dans le quotidien Le Matinal (*) qui affirme que “la France n’a pas arrêté sa politique néocolonialiste au Mali” : « Elle s’est compromise à travers sa conduite malhabile en considérant le Mali comme un État vassal. Elle a totalement failli dans sa lutte contre le terrorisme et la reconstruction de l’armée malienne. Pire, son deal avec les mouvements djihadistes sur le terrain a fini de la mettre à nue. Au finish, la France qui était perçue comme un sauveur est subitement devenu un envahisseur, un oppresseur, exploitant sauvagement abusivement nos ressources minières à l’insu des autorités. » Apparemment la nuance n’est pas le fort des journalistes de ce journal. En revanche la contradiction ne les étouffe pas. Comment peut-on reprocher à la France d’abandonner le Mali est en même temps l’accuser d’être un envahisseur ? Il faut choisir. Mais le plus grave c’est le mensonge récurrent de ces journalistes concernant l’exploitation des ressources minières par la France. Quelle plaisanterie.

Depuis le début de l’intervention française en 2013 une légende perdure quant aux raisons de la présence de nos troupes au Mali. Nos soldats ne seraient pas présents pour s’opposer aux groupes armés islamistes mais pour sécuriser l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium qui est extrait dans les mines du nord du Niger se trouvant à proximité immédiate du Mali. Théorie séduisante mais simpliste. Théorie que je n’ai jamais reprise en dépit de mon hostilité à la présence de nos troupes dans les sables maliens car elle est fausse. Tout d’abord la France n’a pas d’intérêts économiques dans la région sahélienne. Celle-ci ne représente que 0,25 % du commerce extérieur de la France (**) !!!! Concernant l’extraction d’or qui est la principale ressource d’exportation du Mali et du Burkina Faso, la France…. n’y participe pas. En effet, se sont des sociétés canadiennes, australiennes et turques qui possèdent le marché. Un comble de voir que nos soldats participent à protéger les intérêts économiques d’un pays hostile comme la Turquie. Quant au pétrole nigérien, là encore, la France est hors jeu. C’est la Chine qui l’exploite et qui compte dans un futur proche l’exporter.

Reste la grande question de l’uranium nigérien qui serait, paraît-il, indispensable au fonctionnement de notre parc nucléaire. C’est une légende. Ni plus ni moins. L’uranium nigérien n’est tout simplement plus rentable depuis l’effondrement des cours provoqué par l’accident de Fukushima en 2011 (deux ans avant l’intervention française) et qui a entraîné l’arrêt de 45 réacteurs nucléaires japonais ainsi que l’arrêt définitif de l’activité nucléaire de l’Allemagne d’ici 2022. Résultat : la société française Areva qui exploite l’uranium au Niger a décidé de fermer l’une de ses deux usines en 2021 et a considérablement diminué l’activité de la seconde. En outre, les 2.900 tonnes d’uranium produits par le Niger ne pèse pas très lourd au regard de la production mondiale qui représente 63.000 tonnes (***). Ce que les partisans de cette théorie conspirationniste se gardent bien de dire c’est que la France importe chaque année environ 8.000 tonnes d’uranium pour alimenter ses 58 réacteurs nucléaires. Le Niger ne représente que 32% de ses importations. Les 68 % restant provenant essentiellement du Kazakhstan, du Canada et de l’Australie soit les trois plus grands producteurs mondiaux. Si demain la France n’avait plus accès à l’uranium nigérien cela ne lui poserait AUCUN problème. Ni sur le plan de l’approvisionnement, ni sur un plan économique. À la différence du Niger….

On mesure mieux désormais toute la bêtise et la malhonnêteté de ces journalistes maliens. Mais ils ne manquent pas d’humour puisque selon eux la France pillerait le Mali à « l’insu des autorités maliennes ». J’ai bien ri. « Richard Virenque sort de ce corps » ai-je envie de m’écrier… Quand on sait la voracité et la corruption des « élites » maliennes qui pillent allègrement les ressources de leur propre pays cela est tout simplement impossible. Ces accusation sont avant tout le cache sexe d’un racisme anti français décomplexé. La preuve ? Berlin mais également l’Union européenne par l’intermédiaire de son chef de la diplomatie, Josep Borrell, se sont inquiétés des négociations entre le Mali et le groupe Wagner. Josep Borrell n’a laissé planer aucun doute sur les conséquences négatives pour Bamako en cas d’accord : « Il semble que les autorités de transition discutent de la possibilité d’inviter le groupe Wagner à opérer dans le pays. Nous savons bien comment ce groupe se comporte dans différentes parties du monde, cela affecterait sérieusement la relation entre l’UE et le Mali. ». Mais là, curieusement, aucune diatribe dans les médias. Le plus malheureux dans toute cette histoire c’est que ces insultes sont restées impunies. Bien entendu, comme pour la gifle concernant les sous-marins il y a eu une protestation officielle qui est venue de la bouche de la ministre française de la défense, Florence Parly, qualifiant les accusations prononcées samedi par le Premier ministre du Mali « d’inacceptables » et « d’indécentes » car elles reviennent à « s’essuyer les pieds sur le sang des soldats français ». Mais elle a également déclaré : « Il n’y a pas de désengagement français (…) Quand on a 5 000 soldats (…) et qu’on a l’intention d’en laisser encore plusieurs milliers, lorsqu’on déploie au Sahel des blindés dernier cri (…) ce n’est pas l’attitude normale d’un pays qui a l’intention de s’en aller ».

Hélas ai-je envie de dire. On insulte la France, on insulte ses militaires sans que cela ne provoque la moindre décision effective que cela soit sur un plan diplomatique, économique ou militaire. Et pourtant, la seule chose intelligente à faire serait de rapatrier la totalité de nos soldats. Nous nous sommes enlisés dans un conflit sans fin. Nous nous sommes enlisés dans un pays aux frontières artificielles. Nous nous sommes enlisés dans un pays dont l’État, si on peut appeler cela un État, est totalement défaillant. Nous nous sommes enlisés dans un pays dans lequel nos intérêts économiques sont nullement engagés. Nous nous sommes enlisés dans un pays dans lequel notre présence militaire nous coûte la somme de 600 millions d’euros par an. Nous nous sommes enlisés dans un pays dans lequel la présence de nos troupes, en dépit de l’excellent travail effectué sur place, n’assure en aucune manière quoi qu’on en dise notre sécurité en Europe. Nous nous sommes enlisés dans un pays où notre présence n’a même pas empêché que ce produise deux coups d’État durant l’année écoulée qui ont fait exploser le vernis démocratique sensé faire illusion (****). Nous nous sommes enlisés dans un pays où notre présence n’est même pas capable d’infléchir un minimum les flux migratoires en provenance du Sahel. Enfin, nous nous sommes enlisés dans un pays qui nous crache continuellement à la figure en dépit du sang versé pour le défendre. Cela doit cesser. Nous devons partir. Rapidement. Il en va de l’honneur de la France.

Laurent Dayona

(*) https://www.maliweb.net/non-classe/neocolonialisme-et-20-ans-de-presence-militaire-francaise-au-mali-pour-rien-bienvenu-au-groupe-wagner-tous-derriere-assimi-le-heros-2944915.html

(***) in revue d’histoire européenne, numéro 3, p. 16

(****) Idem

(****) Les critiques de la junte, qui organise fréquemment des manifestations anti-françaises dans les rues de Bamako, sont sans doute liées aux pressions de la France pour l’organisation d’élections. Le Premier ministre malien a d’ailleurs prévenu dimanche que le Mali pourrait reporter les élections. Il est évident que la Russie et le groupe Wagner seront moins regardant sur le sujet. CQFD.