Il y a deux Pologne. La première c’est une Pologne souveraine, nationaliste et qui attache une importance à la sauvegarde de l’identité de la civilisation européenne. Cette Pologne est souvent en confrontation avec Bruxelles. Dernier exemple en date avec la demande formulée par la Commission européenne de pouvoir envoyer aux frontières orientales de la Pologne ses agents appartenant au corps européen des gardes-frontières (Frontex) afin de gérer la situation migratoire à la frontière. En effet, la Commission s’est émue du décès récent de quatre migrants morts de froid à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Il faut dire que la Pologne doit faire face à un afflux de clandestins, tout comme la Lituanie, en provenance de Biélorussie. Des agences de voyages recrutent des migrants en Iraq puis les acheminent à Minsk par avion d’où ils sont amenés sur la frontière qu’ils traversent en direction de la Lituanie ou de la Pologne. Le tout avec la bienveillance pour ne pas dire la complicité active des autorités biélorusses. Pour les autorités lituaniennes la raison de cet afflux soudain et inhabituel ne fait aucun doute. Alexandre Loukachenko veut faire payer à Vilnius, et à Varsovie, sa politique de soutien à l’opposition biélorusse(*). Pour faire face à cette situation les autorités polonaises ont adopté une position très ferme et bloquent l’entrée des migrants. Le 15 septembre la présidente de la Commission européenne, Ursula von des Leyen, avait pourtant assuré Varsovie de son soutien en qualifiant la politique du président biélorusse comme une « attaque hybride pour déstabiliser l’Europe ». Mais voilà, l’émotion et sans doute la pression des lobbies immigrationnistes ont amené la Commission de Bruxelles à changer son fusil d’épaule mais celle-ci se heurte pour l’instant au refus catégorique de Varsovie. C’est la Pologne qu’on aime.

Et puis il y a la seconde Pologne. Celle-là est atlantiste, soumise aux intérêts stratégiques, économiques et commerciaux des États-Unis et fondamentalement hystérique et paranoïaque vis-à-vis de la Russie. Bien entendu, l’histoire tragique de la Pologne depuis le XVIIIème siècle explique pour une grande partie son attitude hostile envers son puissant voisin. On peut la comprendre mais non l’approuver car sa position empêche tout rapprochement entre l’Europe et la Russie. Elle empêche également toute autonomie stratégique de notre continent envers les USA et freine la construction d’une Europe de la défense. Bien entendu les Américains usent et abusent des peurs irrationnelles des Polonais. Et pour cause, ceux-ci sont parmi les meilleurs clients européens de l’industrie d’armement des États-Unis comme vient de le prouver la récente décision de Varsovie d’acheter 250 chars M1 Abrams pour un montant de 6 milliards de dollars. Et pour enlever toute ambiguïté sur les raisons de cet achat, le ministre polonais de la défense a précisé que les chars seront déployés dans l’est du pays. C’est-à-dire face à la Russie. CQFD. Bien entendu, cette Pologne, à la différence de la première n’est jamais en conflit avec la Commission européenne. Cela en dit long sur la nature véritable de cette dernière. C’est la Pologne qu’on n’aime pas. Il est vital pour l’avenir de la civilisation européenne que la Pologne mette fin le plus rapidement possible à cette dualité. La première doit étouffer la seconde.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.wordpress.com/2021/08/05/alexandre-loukachenko-a-declare-la-guerre-a-lunion-europeenne/