L’arrestation du leader indépendantiste catalan en Sardaigne relance la question de son extradition. En clair, la justice italienne doit-elle répondre positivement à la demande de la justice espagnole ? Sur le plan strictement judiciaire la réponse est positive. La justice de son pays réclame Carles Puigdemont afin qu’il y soit jugé pour «tentative de sécession» en 2017 et pour «détournements de fonds publics». Sans me prononcer sur la pertinence des accusations je considère que l’Espagne est une démocratie et que sa justice fonctionne normalement. Par conséquent, il n’y a aucune raison valable pour un autre État européen de refuser cette extradition. Mais il y a également l’aspect politique. Et là c’est beaucoup plus compliqué.

Alors que le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, tente tant bien que mal de discuter et de trouver une solution politique avec les indépendantistes catalans modérés (ERC) actuellement au pouvoir à Barcelone (*), une extradition risque fort de faire capoter ces négociations. Déjà accusé de mollesse par le parti de Carles Puigdemont (Junts) pour avoir ouvert le dialogue avec le gouvernement espagnol, l’actuel chef du gouvernement catalan, l’indépendantiste pragmatique Pere Aragones, n’a d’autre choix que de prendre fait et cause pour Carles Puigdemont. Il est déjà intervenu en demandant la fin de « la persécution et de la répression judiciaire » ainsi que « l’amnistie » pour le leader catalan. Même si l’étoile de Puigdemont a pâli auprès des Catalans car il n’a pas fait preuve d’un grand courage en prenant la fuite, son retour dans une cellule madrilène risquerait de mettre fin aux négociations avec le Premier ministre espagnol.

Ce scénario favoriserait également les indépendantistes radicaux à Barcelone qui n’ont eu de cesse, sur les conseils de Carles Puigdemont, de jeter de l’huile sur le feu en prônant le « maintien de la tension » permanente avec Madrid. Après l’arrestation, l’ex-président catalan, l’indépendantiste radical Quim Torra, s’est empressé de demander aux indépendantistes de se tenir en « alerte maximale ». Dans ces conditions, un retour de Carles Puigdemont en Espagne pour y être enfermé et jugé risquerait de marginaliser les modérés en Catalogne et pousserait à une radicalisation de l’ensemble des forces politiques locales mais aussi nationales. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, qui a besoin du vote des indépendantistes au Parlement national pour conserver sa majorité se trouve ainsi face à un dilemme : faire respecter une procédure judiciaire légitime tout en sauvegardant un équilibre politique fragile. On comprend pourquoi toute l’Espagne est suspendue à la décision de la justice italienne.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.wordpress.com/2021/08/09/sagesse-espagnole/