En l’espace de dix jours la Turquie vient d’adresser un double avertissement à l’Arménie. Du 10 au 20 septembre se sont tenus en Azerbaïdjan les premières manœuvres militaires tripartites réunissant la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Pakistan. Intitulées «  Trois frères – 2021 », tout un programme, un officier azerbaïdjanais a lu un communiqué officiel du ministère azerbaïdjanais lors de la cérémonie d’ouverture qui lève toute incertitude sur la nation visée par ces manœuvres : « L’Azerbaïdjan, la Turquie et le Pakistan sont entrés dans l’histoire de l’humanité en tant qu’amis, proches et frères. Au cœur de ces relations se trouvent les liens étroits entre nos peuples. La preuve en est la solidarité et le soutien de la Turquie et du Pakistan à l’Azerbaïdjan depuis le premier jour des 44 jours d’opérations de contre-offensive lancées par l’Azerbaïdjan contre les forces armées arméniennes le 27 septembre 2020 ». L’objectif de ces manœuvres était bien entendu d’impressionner les Arméniens tant par la puissance militaire déployée sur le terrain que par la solidité des liens affichée par les trois nations musulmanes.

Mais comme si cela ne suffisait pas, à peine le tumulte de ces manœuvres éteintes, d’autres reprenaient le 21 septembre. Toujours en territoire azerbaïdjanais mais cette fois au Nakhitchevan qui est enclavé entre la Turquie sur sa frontière occidentale et l’Arménie sur sa frontière orientale (voir carte). Ces manœuvres impliquant des forces de la Turquie et de l’Azerbaïdjan s’intitulent « Indestructible Brotherhood 2021 ». Selon un communiqué officiel azerbaïdjanais l’objectif de ces manœuvres qui rassemblent des unités d’infanterie motorisées, des forces spéciales et des unités de renseignement est « d’améliorer l’interopérabilité, la coordination des combats et la prise de décision des commandants militaires ». Si le Pakistan ne participait pas directement aux manœuvres, il était tout de même représenté en tant qu’observateur par le directeur général de la sécurité et du contre-terrorisme du Pakistan, Mumtaz Hussain.

Ces manœuvres au Nakhitchevan ne sont pas anecdotiques puisque à la suite du cessez-le-feu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le président azerbaïdjanais Ilhan Aliyev a non seulement récupéré une partie du Haut-Karabakh en lui refusant toute autonomie où tout statut spécial mais il a également obtenu qu’un corridor soit construit permettant de relier l’enclave azéri du Nakhitchevan et Bakou à travers l’Arménie (voir la carte). Ce faisant, il s’agissait également d’une grande victoire stratégique pour Recep Tayyip Erdogan permettant à la Turquie d’obtenir un passage direct vers l’Azerbaïdjan et les républiques turcophones d’Asie centrale. Mais dix mois après la fin du conflit les négociations sur l’ouverture de ce corridor s’enlisent amenant le président azéri à lancer une menace limpide : « Si l’Arménie l’accepte, nous résoudrons cette question beaucoup plus aisément, sinon, alors nous la résoudrons par la force ». Ces manœuvres peuvent donc être comprises comme une piqûre de rappel aux autorités arméniennes. Un ultime avertissement ?

Et pendant ce temps en Europe… rien. Comme d’habitude. Nos ennemis avancent leurs pions et nous regardons ailleurs. Tout cela n’augure rien de bon. Ni pour l’Arménie, ni pour la civilisation européenne dans son ensemble.

Laurent Dayona.