Le Trafalgar diplomatique et industriel que vient de subir notre nation suite à l’alliance signée entre l’Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis (AUKUS) ne doit rien au hasard (*). Certains experts affirment que la France est d’autant plus surprise par ce qu’il vient de se passer qu’elle a défendu avec constance auprès des Européens une « stratégie indo-pacifique » pour l’UE. Ce qui selon eux revenait à vouloir s’engager auprès des Américains et des Australiens dans leur politique de « containment » vis-à-vis de la Chine dans le Sud-Est asiatique. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette vision des événements. Nouer des alliances locales avec l’Australie et l’Inde comme Emmanuel Macron s’est évertué à le faire depuis le début de sa présidence, car notre pays a des intérêts dans l’Océan Indien et dans l’océan Pacifique (de nombreux territoires et environ 2 millions de ressortissants) est une chose. Rejoindre le projet d’alliance des démocraties initié par Joe Biden pour s’opposer à l’expansionnisme chinois en est une autre. Or sur ce point Emmanuel Macron a toujours exprimé sa plus grande réserve. Cela a été particulièrement le cas lors du G7 qui s’est déroulé en juin de cette année au Royaume-Uni. Le président français Emmanuel Macron a particulièrement insisté sur son refus d’un « alignement automatique sur Washington, en particulier dans l’affrontement avec Pékin » souhaitant « que nos partenaires reconnaissent cette nouvelle donne européenne et que nous sachions bâtir un nouveau partenariat avec les Etats-Unis, que nous puissions avoir aussi notre voie, communauté de valeurs mais indépendance quand il s’agit de notre stratégie à l’égard de la Chine ». Il a conclu en évoquant une Europe « qui a besoin de construire le cadre de son autonomie stratégique, en matière économique, industrielle, technologique, de valeur militaire ». Inutile de vous dire que ce discours n’a pas été du goût de la Maison Blanche ou des stratèges du Pentagone. D’autant plus qu’Emmanuel Macron avait réussi lors du sommet à obtenir un soutien timide, mais soutien quand même, de l’Allemagne et de l’Italie. En 2003, lorsque la France de Jacques Chirac s’était opposée à l’intervention américaine en Iraq on a prêté la phrase suivante à Condoleezza Rice, conseillère pour la sécurité nationale : « Ignorer l’Allemagne, pardonner à la Russie, punir la France ». Dix-huit ans plus tard rien n’a changé. Si les Etats-Unis ont ignoré l’Italie, ils ont pardonné à l’Allemagne en lui concédant l’achèvement du projet Nord Stream 2 et viennent de punir la France. Une nouvelle fois.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.wordpress.com/2021/09/16/aukus-ou-le-chantage-americain-aux-europeens/