Je lis un peu partout depuis deux jours que la France est la grande victime de la nouvelle alliance militaire scellée entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie (AUKUS) et destinée à contenir l’expansionnisme chinois dans la région indo-pacifique. Cela est rigoureusement exact puisque Paris apparaît comme le dindon de la farce en voyant s’envoler un mirifique contrat de près de 30 milliards d’euros (*) pour son industrie de défense. Excusez du peu !!!! Il s’agit d’une véritable gifle pour Emmanuel Macron qui s’était personnellement investi dans ce dossier et qui avait cru nouer une relation particulière avec l’Australie. C’est une humiliation diplomatique comme on en voit peu. Mais le message ne s’adresse pas seulement à la France. Il concerne tous les Européens. Il est sans ambiguïté. Washington vient de les sommer de choisir leur camp dans l’affrontement avec la Chine. Joe Biden souhaite créer une alliance des démocraties face à la Chine. Cette ambition américaine qui consiste à rassembler les démocraties de la zone indo-Pacifique auxquelles viendrait s’ajouter celles d’Europe s’inscrit dans l’agenda de l’Oncle Sam qui consiste à opposer à l’expansionnisme maritime chinois une OTAN de l’Est sur le modèle de la guerre froide contre l’Union soviétique. Parmi les nations européennes les plus rétives à cette ambition… la France. Celle-ci sous l’impulsion de son président ne cesse de pousser les Européens, frileux, trop frileux, à s’émanciper de l’oppressante tutelle américaine sur la défense du Vieux continent. Reste à savoir si le message envoyé à Paris sera compris dans le sens des intérêts américains ou si il va provoquer une dégradation des relations entre les deux pays. L’autre cible prioritaire de ce qui vient de se passer est sans conteste Berlin. L’abandon en août dernier par l’administration Biden de son opposition au projet Nord Stream 2 au profit de l’Allemagne et de la Russie est un autre signe de cette stratégie (**). Totalement inconcevable il y a encore peu, ce recul de la Maison Blanche ne peut se comprendre que sous l’angle de sa rivalité avec Pékin. En compensation les Etats-Unis attendent non seulement de l’Allemagne qu’elle rejoigne cette alliance mais qu’elle fasse également contrepoids à l’influence de Paris pour convaincre les autres nations européennes de rejoindre Washington dans sa croisade pour la démocratie. Aux Européens de choisir entre les risques qui découlent de l’indépendance ou les risques qui émanent d’un nouvel embrigadement sous le parapluie américain. Mais de cela il sera question dans un prochain article.

Laurent Dayona

(*) D’autres sources évoquent 35 milliards ou 56 milliards d’euros.

(**) https://europarabellum.wordpress.com/2021/08/03/auf-wiedersehen-und-danke-angela/