À première vue la victoire de la gauche en Norvège aux élections législatives de cette semaine est une mauvaise nouvelle. Mais il convient de se méfier de sa première impression. N’oublions pas que le pays d’Europe occidentale qui mène aujourd’hui la politique migratoire la plus drastique et la plus efficace est le Danemark. Pays dirigé depuis 2019 par Mette Frederiksen alors qu’elle est membre de la sociale-démocratie. Il est encore trop tôt pour savoir quelle politique migratoire le nouveau Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre, va adopter. En revanche, ce que nous savons déjà peut laisser la place à un optimisme mesuré. La coalition de gauche qui regroupe les travaillistes, les centristes et les socialistes a obtenu la majorité absolue. Ce qui veut dire qu’elle n’aura nullement besoin des voix des écologistes sectaires et des radicaux communistes pour gouverner. La coalition au pouvoir sera donc à l’abri du chantage permanent de ces deux partis et de leurs propositions délirantes. Qui s’en plaindra ? L’autre bonne nouvelle tient davantage à la personnalité du nouveau Premier ministre norvégien et à son approche pragmatique concernant la politique étrangère, notamment vis-à-vis de la Russie. Alors que ses voisins nordiques ont malheureusement l’habitude de concevoir leurs relations avec Moscou selon un mode paranoïaque, rien de tel chez Jonas Gahr Støre. Lorsqu’il était ministre des affaires étrangères de son pays entre 2005 et 2012 dans un précédent gouvernement de gauche, Jonas Gahr Støre s’était illustré par une politique basée sur le dialogue permanent avec la Russie. Notamment sur les questions concernant l’Arctique et la délimitation de la frontière entre les deux pays dans l’extrême nord. Le résultat fut spectaculaire puisque les deux pays signèrent un traité en 2011 couvrant la délimitation des frontières maritimes et terrestres, la coopération russo-norvégienne pour la pêche en mer de Barents ainsi que la coopération entre les deux pays pour l’exploitation des gisements de pétrole transfrontaliers. Voici ce que déclara à l’époque Jonas Gahr Støre : « Il s’agit d’une étape et un jour historique pour la Norvège. Nos frontières terrestres et maritimes sont maintenant toutes clairement établies. Avec ce traité, nous sommes un exemple à travers le monde dans la façon de régler pacifiquement nos différends de délimitation, conformément au droit international et dans le cadre de la jurisprudence internationale moderne. Avec ce traité, la Norvège et la Russie précisent qu’il n’y a pas de course permanente aux ressources de l’Arctique, mais qu’il est important de respecter le droit international, y compris le droit international de la mer ». Précisons que la Norvège est membre de l’OTAN. Sa politique pragmatique envers la Russie est d’autant plus méritoire que les pressions extérieures sur Oslo de la part de ses partenaires de l’alliance atlantique ne manquent pas. Il est vrai que nous sommes très loin des politiques hystériques menées par la Pologne, les Pays Baltes ou la Suède. Espérons pour l’Europe que le Premier ministre Jonas Gahr Støre sera à la hauteur de l’excellent ministre des affaires étrangères qu’il fut.

Laurent Dayona

Voici une vidéo d’un entretien avec Jonas Gahr Støre alors qu’il était ministre des affaires étrangères prouvant son approche pragmatique envers la Russie. Loin de toute hystérie et paranoïa. Il est possible d’avoir le sous-titrage en Français en réglant les paramètres.