Je ne sais pas si je dois mettre la proposition de l’UE de renforcer son aide financière au Pakistan et à l’Iran pour l’accueil des migrants afghans sur le compte de la bêtise ou du cynisme. Le raisonnement de Bruxelles est le suivant : puisqu’il faut s’attendre à une hausse probable du nombre des candidats afghans à l’émigration vers l’Europe, à la suite de la prise du pouvoir par les talibans, autant prendre les devants en accordant une aide financière conséquente aux pays pouvant accueillir les migrants au plus près de chez eux afin de les fixer sur place (*). Outre qu’il est difficile d’accorder une confiance excessive à la parole donnée par les régimes iraniens ou pakistanais, cette politique migratoire se heurte également aux ambiguïtés européennes. Pourquoi ? Parce qu’au même moment l’Union européenne ne cesse d’envoyer des messages contradictoires aux candidats potentiels au départ vers l’Europe.

Depuis le début de l’année seuls 1.200 clandestins afghans ont été renvoyé dans leur pays. Il n’existe donc pas de réelle volonté de combattre cette immigration irrégulière. Dans une lettre adressée le 05 août à la Commission européenne, six pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas, Danemark et Grèce) ont alerté sur le fait que « L’arrêt des retours envoie un mauvais signal et est susceptible de motiver encore plus de citoyens afghans à quitter leur foyer pour l’Union européenne ». La demande de ces pays a reçu…. une fin de non recevoir de la part de l’exécutif européen au prétexte que « Compte tenu du contexte, il est difficile d’imaginer que nous menions des opérations des retours forcés pour le moment ». Le problème c’est que pour ces partisans de l’ouverture des frontières ce n’est JAMAIS le moment. Alors voilà ce qui va se passer. Nous allons donner des millions (ou des milliards ?) d’euros aux islamistes de Téhéran et d’Islamabad et…. nous aurons quand même les migrants afghans chez nous. Et le tour sera joué.

Laurent Dayona

(*) Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borell, a rencontré le Premier ministre pakistanais il y a quinze jours pour discuter de ce projet.