En novembre 2020 j’écrivais un article dans lequel je proposais que l’Espagne rende les enclaves de Ceuta et de Melilla au Maroc (*). Les événements de mai 2021 qui ont vu 9.000 clandestins (**), dont un millier de mineurs, franchir par terre et par mer la frontière entre le Maroc et l’enclave de Ceuta sont venus illustrer de la plus belle des manières les raisons qui me poussent à cet abandon territorial. Ces vestiges du passé colonial sont devenus des portes d’entrées pour l’immigration clandestine en dépit des efforts de Madrid pour sécuriser ces deux territoires. Tous ces efforts ne peuvent rien devant la pression démographique qui s’exerce et qui continuera de s’exercer aux frontières terrestres des deux enclaves (***). D’autant plus que les autorités marocaines instrumentalisent parfaitement ces vagues migratoires au gré de leurs intérêts diplomatiques ou en fonction de leur agenda en matière de politique intérieure.

Paradoxalement rendre ces territoires pourrait constituer la meilleure des punitions à l’encontre du royaume chérifien. Tout d’abord il le priverait du chantage migratoire qu’il exerce en permanence. Ensuite, il faut savoir que les deux enclaves espagnoles font vivre des dizaines de milliers de familles marocaines. Soit par la contrebande de marchandises, les douanes du Maroc estime ainsi que le trafic entre Ceuta et la ville marocaine voisine de Fnideq représente entre 500 et 700 millions d’euros par an, soit en travaillant comme salariés dans les deux enclaves. Le retour au Maroc de ces deux cités porterait un coup rude à l’économie locale. Enfin et surtout, afin de surveiller le Maroc mais également pour sécuriser les côtes espagnoles, Madrid pourrait militariser plusieurs îles méditerranéennes inoccupées qu’elle possède (****), mais revendiquées par le Maroc, à la manière dont la Chine militarise les îlots en mer de Chine méridionale (*****). Avec le soutien des autres puissances européennes cette barrière maritime pourrait constituer une arme efficace pour lutter contre l’immigration illégale en Méditerranée occidentale.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.wordpress.com/2020/11/15/le-moment-est-venu-pour-lespagne-de-rendre-ceuta-et-melilla-au-maroc/

(**) https://news.un.org/fr/story/2021/05/1096962

(***) Il convient d’ajouter à cette liste des territoires à restituer au Maroc le rocher de Vélez de la Gomera qui est une presqu’île à mi-chemin entre Ceuta et Melilla où vivent une centaine d’habitants.

(****) Il s’agit de l’îlot du Persil, des iles alhucemas, de l’île d’Alboran et des îles Zaffarines.

(****) Environ 3.000 militaires espagnols sont stationnés actuellement dans chacune des deux enclaves. Des travaux de grandes ampleurs sur les îles concernées, à l’image de ceux opérés par l’armée chinoise, pourraient permettre de transférer une partie des effectifs de Ceuta et Melilla après leur départ afin de renforcer les petites garnisons qui y sont déjà établies. Des infrastructures maritimes et aériennes devraient y être également développées afin d’offrir une capacité opérationnelle maximale aux forces espagnoles. Lire à ce sujet l’article suivant : La Chine construit des îles artificielles pour revendiquer des …https://www.lefigaro.fr › Actualité › International