Il est difficile de rester insensible aux sort des Afghans et des Afghanes (traducteurs, artistes, journalistes, intellectuels etc…) qui sont en danger de mort avec le retour probable des fanatiques talibans au pouvoir à Kaboul. De plus en plus de personnalités à travers le monde se mobilisent pour demander aux démocraties, et par conséquent aux pays Européens, d’accorder l’asile politique à ces personnes afin de leur sauver la vie. Je comprends cette mobilisation. Mais l’émotion légitime ne doit pas prendre le pas sur la terrible réalité qui frappe l’Europe. Notre continent depuis plus de quarante ans est confronté à un bouleversement démographique, en dépit des dénégations des partisans du toujours plus, dont chacun peut observer la cruelle évidence en sortant dans sa rue. Certains me répondront que quelques milliers de migrants Afghans ne changeront rien à la situation. Je pense le contraire. Je pense que nous ne sommes plus très loin, si nous ne l’avons pas déjà franchi, du point de bascule ou tout retour en arrière deviendra impossible. Dans ces conditions toute faiblesse supplémentaire viendra précipiter la déliquescence de la civilisation européenne. Il faut désormais savoir ce que nous voulons. Soit nous sauvons les autres. Soit nous sauvons les nôtres. Nous allons voir dans les prochains moins se développer une campagne médiatique qui consistera à culpabiliser les Européens afin de les amener à ouvrir, une nouvelle fois, les frontières sous le prétexte du droit d’asile. Mais ne nous y trompons pas. L’asile politique tel qu’il est pratiqué aujourd’hui dans l’Union européenne est totalement dévoyé. Il est devenu l’une des principales filières pour l’immigration illégale de par la faute de la complicité de nombreuses associations et un laxisme judiciaire et politique toléré. Il faut être bien naïf pour penser que dans l’esprit de ces gens il ne s’agit d’accueillir que quelques démocrates Afghans.

L’erreur fondamentale des Etats-Unis et des démocraties occidentales en général aura été de laisser croire aux Afghans que leur pays pouvait devenir une démocratie. C’était une utopie absurde. Car la démocratie peut s’apparenter à du luxe. Il suffit de regarder une carte du monde pour constater que les démocraties qui ne se définissent pas uniquement par des élections libres mais par un ensemble de critères rigoureux, à l’image de celles qui existent en Europe, sont finalement assez rares. Nos démocraties européennes sont donc une exception et certainement pas la norme comme nous sommes trop souvent portés à le croire. Une exception fragile puisque ce luxe démocratique ne peut prospérer que durant des périodes d’expansion et/ou des périodes pacifique et qu’il nécessite également un concensus de la société qui l’abrite pour pouvoir s’épanouir. La démocratie ne peut-être en aucune manière la cause d’un processus vertueux mais simplement sa conséquence. Une forme de récompense pour les peuples dans un espace civilisationnel donné. C’est notre héritage culturel, historique, philosophique et spirituel qui a permis la naissance de nos démocraties modernes et a fait ce que nous sommes : des Européens libres. Nos démocraties modernes sont l’aboutissement d’une très longue maturation. Les Européens n’ont pas à se sentir coupable de l’incompatibilité du peuple afghan avec la démocratie. La seule erreur à été de croire aux fadaises des néoconservateurs américains qui pensaient qu’une population qui n’avait jamais connu la démocratie et qui ne rassemblait aucune des conditions nécessaires à son épanouissement pourrait comme par magie se conformer aux idéaux démocratiques. C’était une pure folie.

Laurent Dayona