De nombreuses critiques s’élèvent à l’encontre du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, pour avoir opté pour une reprise du dialogue avec les indépendantistes catalans. Les détracteurs du Premier ministre socialiste lui reproche de préférer la défense de sa majorité parlementaire, qui dépend du vote des députés indépendantistes catalans, à celle de l’intégrité du territoire national. Bien entendu cette épée de Damoclès est présente dans la tête du chef du gouvernement espagnol mais il serait injuste de réduire sa position sur la question catalane à un simple calcul politique. Car en attendant de pouvoir résoudre le problème épineux de la question institutionnelle il a bien conscience qu’il faut trouver des compromis concernant la gestion quotidienne de la région rebelle.

Or il se trouve que la province est désormais dirigée par La Gauche républicaine de Catalogne (ERC). Des indépendantistes certes mais qui ne sont pas partisans de la politique du pire à la différence des membres du parti Junts (centre droit indépendantiste) auquel appartient l’ancien président catalan Carles Puigdemont responsable de la déclaration d’indépendance de 2017. Ce dernier, non content de fuir ses responsabilités face à la justice de son pays, contrairement à d’autres leaders catalans, continue depuis son exil belge à jeter de l’huile sur le feu en prônant le « maintien de la tension » permanente. À cette politique irresponsable et dangereuse pour tous les Espagnols la politique de dialogue et de coopération constructive sur les questions touchant à la vie quotidienne des Catalans est somme toute préférable.

Existe-t-il une solution alternative ? Je ne le pense pas. Dans tout autre pays non démocratique la question catalane se règlerait d’une façon autoritaire. Peut-être même dans le sang. Mais il se trouve que l’Espagne est une démocratie. Il n’est donc pas possible ni souhaitable d’appliquer à Barcelone les méthodes chinoises ou birmanes. En dernier ressort peut-être faudra-t-il en passer par un référendum sur la question de l’indépendance. En attendant il faut à tout prix éviter que la rivalité entre Madrid et Barcelone ne se transforme en une confrontation qui permettrait aux extrémistes des deux bords de plonger le pays dans le chaos. Si le chemin entre compromis et compromission est étroit il est toutefois préférable à celui qui mènerait à un conflit fratricide entre Européens.

Laurent Dayona