Dans un précédent article (*) j’expliquais que le seul moyen efficace pour l’Union européenne de punir Alexandre Loukachenko était de négocier directement du sujet avec Vladimir Poutine à la condition d’apparaître aux yeux du maître du Kremlin comme une puissance indépendante débarrassée de sa soumission aux intérêts stratégiques des Etats-Unis. À cette condition et à cette condition seulement l’Union européenne pourrait négocier un accord avec Moscou afin d’envisager une solution permettant l’éviction de l’autocrate de Minsk qui préserverait les intérêts des deux puissances. Malheureusement ces conditions ne sont pas prêtes d’être réunies. Et les rapports entre la Biélorussie et l’Union européenne viennent de connaître une brutale aggravation qui nécessitent une réponse radicale à l’opposée des moyens diplomatiques traditionnels. Face à l’urgence, nécessité fait loi.

La donne a en effet radicalement changé. Depuis quelques mois le pouvoir en place à Minsk a décidé d’attaquer l’Union européenne. Comment ? Des agences de voyages recrutent des migrants en Irak puis les acheminent à Minsk par avion d’où ils sont amenés sur la frontière qu’ils traversent en direction de la Lituanie. Le tout avec la bienveillance pour ne pas dire la complicité active des autorités biélorusses. Selon le journal « Le Figaro » les gardes-frontières lituaniens interceptent actuellement une centaine de migrants chaque jour…. Pour les autorités lituaniennes la raison de cet afflux soudain et inhabituel ne fait aucun doute. Alexandre Loukachenko veut faire payer à Vilnius sa politique de soutien à l’opposition biélorusse. La capitale balte est en effet devenue le principal refuge des opposants à l’autocrate de Minsk. Il s’agit d’une guerre par procuration. Les migrants étant la chair à canon devant déstabiliser la Lituanie.

Ce que pratique Loukachenko à l’encontre de l’Union européenne est à la fois une trahison et une agression. Une trahison envers la civilisation européenne à laquelle appartient la Biélorussie et une agression consistant à accroître la déstabilisation identitaire des démocraties européennes en favorisant l’insécurité culturelle déjà fortement ressentie par les populations autochtones qui doivent faire face aux vagues migratoires. La première ministre lituanienne, Ingrida Simonyte, ne s’y trompe pas lorsqu’elle affirme devant son Parlement que l’attitude de Minsk peut se résumer à « une attaque contre l’Union européenne ». Plutôt que de s’en prendre stupidement à la Pologne et la Hongrie, l’Union européenne devrait s’attaquer à ce cancer au cœur de l’Europe. En conséquence, comme il ne saurait être question de punir le peuple biélorusse et encore moins d’entrer en conflit avec une nation européenne, une action clandestine qui ciblerait le pouvoir biélorusse ne doit plus être un sujet tabou. Le monde doit comprendre que lorsqu’on agresse l’Union européenne celle-ci se défend.

Laurent Dayona

(*) https://europarabellum.wordpress.com/2021/05/25/bielorussie-les-larmes-de-crocodile-des-europeens/