Je vous recommande la lecture d’un article très intéressant du « Figaro magazine » en date du 30 juillet. Il porte sur l’enclave russe de Kaliningrad (Köenigsberg en allemand). Si l’ensemble du reportage est passionnant il y a néanmoins un point qui m’a irrité. Il n’est pas propre à ce document ni au journaliste qui témoigne de ce qu’il a vu ou entendu. C’est malheureusement quelque chose de récurrent dans la presse française et qui me semble non seulement faux d’un point de vue historique ou culturel mais surtout suicidaire sur le plan géopolitique. Tout peut-être résumé par le titre de l’article « Kaliningrad tête de pont russe en Europe ». Ce titre insinue d’emblée que la Russie ne ferait pas partie de l’Europe. En effet, il ne viendrait à l’idée d’aucun journaliste français d’écrire un article intitulé « Gibraltar tête de pont britannique en Europe ». Car dans l’esprit de ceux-ci, en dépit du Brexit, le Royaume uni est un membre à part entière de la famille européenne. Et bien je considère qu’il en va de même pour la Russie. Que cela soit sur le plan historique, religieux, culturel, civilisationnel ou démographique la Russie est un membre inaliénable de la famille européenne.

À ce sujet il convient de ne pas confondre l’Europe avec l’Union européenne. Cette dernière n’est qu’une construction politique largement perfectible. À commencer par sa nécessaire émancipation de la tutelle américaine afin de pouvoir défendre enfin ses intérêts géopolitiques. Cette mauvaise habitude sémantique ne date pas d’aujourd’hui. Dans les débats démocratiques des référendums français en 1992 et en 2005 ou lors du Brexit en 2016, les médias et les partisans français du oui ou les partisans du maintien du Royaume uni dans l’UE ont pris l’attitude de qualifier systématiquement et indifféremment tous leurs adversaires d’anti-européens considérant que LEUR vision de la construction européenne était la seule possible faisant ainsi l’amalgame entre l’Europe et l’Union européenne. Hors il s’agit pour moi de deux notions différentes. Certes, elles ne sont pas incompatibles mais différentes. On peut très bien se sentir Européen, être favorable à la construction d’une nation européenne comme je le suis tout en n’étant pas satisfait et partisan de l’Union européenne. La très grande majorité des soutiens de Bruxelles considèrent la Russie comme ne faisant pas partie de l’Europe. Pourtant, les mêmes militent en faveur de l’adhésion de la…. Turquie à l’Union européenne. Bien que cette dernière ne soit en rien européenne et qu’elle occupe illégalement une partie du territoire d’un État membre de l’UE (Chypre) son adhésion à l’OTAN et son alliance avec Washington suffisent à en faire une candidate à l’adhésion. Cela prouve bien que l’Union européenne défend avant tout les intérêts géopolitiques des Etats-Unis et certainement pas ceux de l’Europe.

Il est plus que temps que les Européens prennent conscience que la division artificielle de l’Europe ne sert que leurs concurrents ou leurs ennemis. Il est indispensable de guérir les plaies du passé. Il est nécessaire que chaque partie fasse un pas vers l’autre. À ce propos la conclusion de l’article sur Kaliningrad est parfait : « Soyons une tête de pont, non pour la défense ou pour l’attaque, pas pour construire des barrières, mais pour nous ouvrir, sinon nous stagnerons », observe Igor Plechkov. À l’entendre, Kaliningrad doit être un « lieu de célébration », par le sport entre autres. De fait, le grand stade construit pour la Coupe du monde de football en 2018 et les quatre matchs joués alors laissent le souvenir d’une grande fête. Une formidable bouffée d’air. Un désenclavement. » Je ne saurai mieux dire. Cet état d’esprit positif devrait guider les relations entre l’Union européenne et la Russie pour réunifier définitivement la grande famille européenne. Pour cela il faut des hommes de bonne volonté, du courage, du pragmatisme et beaucoup d’intelligence.

Laurent Dayona