Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est rendu mardi dans la partie nord de Chypre que son armée occupe en toute illégalité depuis 1974. Il est venu réaffirmer que « Nul progrès dans les négociations ne peut être fait sans accepter qu’il y a deux peuples et deux États ». Il défend ainsi une solution à deux États entre d’un côté la République de Chypre, la seule entité légitime reconnue internationalement et membre de l’Union européenne et la République turque de Chypre du Nord (RTCN) reconnue uniquement par la Turquie. Cette idée d’une solution à deux Etats est inadmissible aussi bien pour Nicosie que pour Bruxelles. D’ailleurs, en juin de cette année, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a déclaré que Bruxelles « n’accepterait jamais » cette perspective. Ajoutant l’acte à la parole Erdogan s’est ensuite rendu dans la ville de Varosha qui symbolise à elle seule la division de l’île. Par cette provocation calculée Erdogan a décidé de briser le statu quo implicite de cette ville fantôme en promettant de rouvrir certains secteurs de la ville au public. Peuplée en 1974 de 15.000 chypriotes grecs qui ont fui la ville après l’intervention militaire de la Turquie, la ville a été mise depuis sous cloche sous administration de l’armée turque. La décision d’Erdogan d’ouvrir la ville sans aucune concertation avec les chypriotes grecs et sans qu’aucune compensation ne soit verser aux anciens habitants de la ville est donc un véritable défi adressé à la communauté internationale et aux Européens.

Cela signifie que les anciens habitants risquent de tout perdre et de voir leurs anciennes propriétés occupées par des colons turcs à l’image de ce qui s’est passé dans le reste de l’île sous occupation turque où plus de 100.000 colons turcs d’Anatolie ont été installés dans ce territoire depuis 1974. Erdogan reste ainsi fidèle à sa politique qui consiste à provoquer sans cesse ses adversaires afin de tester leur réaction pour voir jusqu’où il peut avancer ses pions. Jusqu’à la prochaine provocation. Il faut dire qu’il aurait tort de se gêner. L’apathie des Européens sur la question chypriote, pour ne pas dire la lâcheté, semble sans fin. Ainsi, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borell, a osé appeler « toutes les parties à s’abstenir de tout acte unilatéral qui provoque des tensions et risque de compromettre les négociations ». Oui, vous avez bien lu « toutes les parties » alors que le minimum du minimum aurait dû l’amener à exiger à ce que la partie turque mette fin immédiatement à ses provocations. Nul ne doute que Recep Tayyip Erdogan n’a pas trouvé le sommeil suite à cette réprimande du fonctionnaire européen….

Si les Européens veulent qu’Erdogan ne puisse plus afficher cette expression arrogante qui accompagne ses multiples provocation à l’encontre de notre civilisation (photo) la seule solution consiste à le traiter pour ce qu’il est c’est-à-dire un ennemi de l’Europe. Concernant Chypre il n’y a rien à négocier. La Turquie doit retirer ses troupes stationnées illégalement dans le nord de l’île. Les colons turcs doivent retourner sur le continent. La République fantoche qu’est la RTCN doit être dissoute et l’île réunifiée sous la seule autorité légitime du gouvernement de Nicosie. Seuls les chypriotes turcs originaires de l’île pourront rester et devenir des citoyens européens à l’image de leurs compatriotes grecs. L’Union européenne devrait avertir Erdogan que sa patience a des limites et qu’au-delà d’un certain délai d’autres solutions que la voie diplomatique devront être nécessairement envisagées. Voilà comment on doit s’adresser à un personnage comme Erdogan. Tout le reste n’étant qu’une posture légitimant au mieux l’inaction au pire la capitulation.

Laurent Dayona