Le détournement d’un avion de ligne par la Biélorussie pour arrêter un opposant politique est un acte de piraterie aérienne. Un acte criminel et dangereux. Tout le monde est à peu près d’accord sur le constat. Là où en revanche les avis risquent de diverger c’est sur la réponse que les Européens doivent donner pour punir le gouvernement de Minsk. J’entends de nombreuses voix s’élever pour demander des sanctions économiques et politiques. Seul problème, la Biélorussie est déjà un état paria. Sanctionner la Biélorussie et les responsables de ce pays donnera une nouvelle fois l’illusion que l’on fait quelque chose. Mais cela sera uniquement de la poudre aux yeux lancée pour satisfaire l’opinion publique et sauver les apparences. Alexandre Loukachenko le sait et cela ne va pas l’empêcher de dormir.

Si les Européens voulaient véritablement troubler le sommeil de cet autocrate européen ils devraient agir différemment. Mais pour cela ils devraient commencer par se débarrasser de la tutelle américaine. Et oui, on en revient toujours au même problème. Qu’est-ce qui fait qu’Alexandre Loukachenko se permet d’agir aussi impunément sans se soucier le moins du monde des réactions européennes ? Le soutien inconditionnel que lui accorde la Russie. Et pourquoi ce soutien ? Parce que Moscou préférera toujours soutenir un autocrate qui se comporte en allié, aussi imprévisible soit-il, plutôt que de voir un pays frontalier tomber entre les mains de l’OTAN. 

Les médias européens ressortent constamment le poncif d’un pouvoir russe qui s’opposerait à ce que tout pays appartenant à sa sphère d’influence puisse se rapprocher de l’Union européenne. Et de nous rappeler qu’il en fut ainsi en Ukraine en 2014. Mais nos journalistes en écrivant cela manipulent les faits. Si Vladimir Poutine s’oppose en effet à tout rapprochement de l’Ukraine ou de la Biélorussie avec Bruxelles ce n’est pas par opposition à la famille européenne. Si Moscou trace une telle ligne rouge c’est uniquement à cause du corollaire qui accompagne toute adhésion à l’UE qui veut que cela se finisse par une appartenance à…. l’OTAN.  Contrairement à ce qu’écrivent les journalistes, et ils le savent très bien, les crises militaires survenues en Géorgie ou en Ukraine découlent uniquement des perspectives d’adhésion de ces pays à l’Alliance Atlantique. Si les Européens n’étaient pas soumis militairement et géopolitiquement aux intérêts de Washington, la Russie n’appréhenderait pas toutes ces crises de la même manière. Il faut faire preuve d’une mauvaise foi évidente pour prétendre le contraire.

Ainsi, le seul moyen qu’auraient les Européens pour punir Alexandre Loukachenko serait de négocier directement du sujet avec Vladimir Poutine. De puissance indépendante à puissance indépendante. Et là le petit autocrate de Minsk se ferait dessus. En attendant que les Européens deviennent adultes et tant qu’ils resteront soumis aux intérêts stratégiques de Washington et s’en remettront aux Américains pour assurer leur défense, ils se condamneront à n’être que des perroquets inaudibles par Loukachenko et ses pairs. Les Européens pourront prendre toutes les sanctions qu’ils voudront, s’indigner, protester, trépigner, cela ne restera qu’une comédie indigne synonyme d’une impuissance volontaire. Et tant pis pour les démocrates Biélorusses qui devront se contenter de nos larmes de crocodile.

Laurent Dayona